|

|
|
Colloque sur ��L'Europe et la nouvelle strat�gie de s�curit� nationale des Etats-Unis - lutter ensemble contre le terrorisme��
|
Colloque
sur
« L'Europe et la nouvelle stratégie de sécurité nationale des
Etats-Unis - lutter ensemble contre le terrorisme » co-organisé par l'Assemblée de l'UEO et la Présidence grecque de l'UEO/UE Athènes, 17-18 mars 2003
|
PROGRAMME
|
Lieu: |
Divani Apollon Palace Hotel |
| |
10 rue Agiou Nikolaou & Iliou |
| |
166 71 Vouliagmeni |
| |
Athènes, Grèce |
| |
| Lundi 17 mars 2003 12.30 Inauguration du colloque
- |
M. Apostolos Kaklamanis, Président du Parlement hellénique |
- |
M. Jan Dirk Blaauw, Président de l'Assemblée de l'UEO |
- |
M. Theodoros Pangalos, Vice-Président de l'Assemblée de l'UEO, Président de la délégation grecque |
15.15 Session d'ouverture
|
|
|
Président : M. Jan Dirk Blaauw, Président de l'Assemblée de l'UEO |
Discours liminaire |
M. Ioannis Magriotis, Ministre adjoint des
affaires étrangères, Grèce |
L'Europe et la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis |
| |
- |
M. Lluis Maria de Puig, rapporteur de l'Assemblée de l'UEO |
16.15 Première session
Président : M. Karolos Papoulias, Président de la Commission permanente de |
la défense nationale et des affaires étrangères du Parlement hellénique |
| |
Conséquences pour la sécurité mondiale |
| |
Orateurs : |
- M. Ivan Eland, Directeur du Center for the Study of War, Crises and Liberty, the Independent Institute, Oakland (Californie), Etats-Unis |
- M. Vladimir Loukine, Vice-Président de la Douma d'État de la Fédération de Russie |
| |
Débat |
Mardi 18 mars 2003 09.30 Deuxième session
|
|
Président : M. John Wilkinson, Président de la Commission de défense |
| |
Les conséquences pour l'OTAN et la coopération transatlantique |
| |
|
Orateurs: |
|
- |
S.E. M. Thomas J. Miller, Ambassadeur des Etats-Unis en Grèce, Athènes |
- |
M. Mario Palombo, Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN |
- |
M. William Hopkinson, Associate Fellow, Royal Institute for International Affairs and Royal United Services Institute for Defence Studies, Royaume-Uni |
Débat |
|
11.15 Troisième session
|
|
Président : M. Jan Dirk Blaauw, Président de l'Assemblée de l'UEO |
| |
Perspectives pour la PESC/PESD |
| |
Orateurs: |
|
- |
M. Yannos Papantoniou, Ministre de la défense de la Grèce |
- |
M. Anatol Lieven, Senior Associate, Carnegie Endowment for International Peace, Washington |
| |
|
Débat |
|
15.00 Quatrième session
|
|
Président : M. Theodoros Pangalos, Vice-Président de l'Assemblée de l'UEO, Président de la délégation grecque |
| |
Réponses communes au terrorisme international et défis futurs pour la sécurité |
| |
|
Orateurs: |
|
- |
M. Michael Chrisohoidis, Ministre de l'ordre public, Grèce |
- |
M. Pascal Boniface, Directeur de l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques, France |
- |
M. Ismael Cem, ancien Ministre des affaires étrangères, Turquie |
| |
|
Débat |
|
17.00 Conclusions
- |
M. Lluis Maria de Puig, rapporteur de l'Assemblée de l'UEO | 17.30 Conférence de presse
|
RÉSUMÉ
|
Aux yeux de nombreux Européens, la décision prise par les Etats-Unis de recourir à la force sans avoir le soutien de certains de leurs alliés principaux constitue une grave menace pour les institutions sécuritaires internationales mises en place à la suite de la Seconde guerre mondiale. Au lendemain de la guerre en Irak, les Européens devront trouver le moyen de convaincre les Etats-Unis que les Nations unies et l'OTAN sont les institutions qui conviennent pour répondre à leurs futures préoccupations en matière de sécurité. Ce fut l'un des principaux thèmes débattus pendant le colloque sur « l'Europe et la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis - lutter ensemble contre le terrorisme », organisé à Athènes à la veille de la guerre par l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) et le gouvernement grec, qui assume actuellement la présidence conjointe de l'UE/UEO. Plus de 250 parlementaires nationaux européens, représentants des gouvernements et experts des questions de sécurité ont participé à cette manifestation. La plupart des orateurs ont déclaré comprendre la vive émotion ressentie par les Américains à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001, mais ils ont fait part également de leur inquiétude face à certains aspects des options sécuritaires prises par les Etats-Unis ou aux déclarations prononcées récemment par d'éminents décideurs politiques américains à propos de l'Irak. A l'ouverture du colloque, le Président du parlement hellénique, Apostolos Kaklamanis, a exhorté toutes les parties concernées par la crise irakienne à respecter le rôle joué par les Nations unies. Theodoros Pangalos, ancien Ministre grec des affaires étrangères et chef de la délégation grecque à l'Assemblée de l'UEO, a déclaré que le terrorisme international soulevait de nouveaux problèmes, notamment les suivants : qui devrait conduire une action internationale en cas de menace, émanant non pas d'un Etat mais d'un groupe terroriste, d'utiliser les armes de destruction massive, comment et par qui les décisions d'agir devraient-elles être prises, et qui devrait les mettre en _uvre ? M. Pangalos a soutenu qu'en l'absence d'accord sur ces questions, le risque existait que les Etats-Unis imposent leur propre conception du multilatéralisme, en contournant les institutions internationales pour rechercher une coalition de nations prête à soutenir ce qui, concrètement, serait une politique unilatéraliste. Dans son discours liminaire, le Président de l'Assemblée de l'UEO, Jan Dirk Blaauw, a posé à son auditoire la question de savoir si les conséquences des attentats du 11 septembre 2001 avaient été pleinement analysées et si les résultats des enquêtes étaient identiques sur les deux rives de l'Atlantique ; il s'est demandé également si les Etats-Unis avaient vraiment choisi d'agir unilatéralement et si les Européens seraient prêts à prendre leur place dans un monde multipolaire. Dans un discours clé, le Ministre adjoint des affaires étrangères de la Grèce, M Magriotis, représentant la présidence de l'UE/UEO, a déclaré que si la section consacrée à la prévention dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale contenait de nombreux éléments de nature à inquiéter les Européens, elle proposait aussi de s'attaquer aux racines du terrorisme en prenant des initiatives diplomatiques et en apportant une aide économique et un soutien spécial aux pays musulmans modérés. Le rapporteur de l'Assemblée, Lluís María de Puig, a déclaré que le document stratégique demandait aux Etats-Unis de conserver leur suprématie militaire actuelle vis-à-vis des autres pays et de considérer la menace constituée par les armes de destruction massive comme suffisamment sérieuse pour déclencher une action préventive unilatérale. Il a ajouté que le discours à connotation religieuse tenu par le Président Bush, couplé à la volonté qu'il exprime de lutter contre le mal, inquiétait les Européens. Une telle ligne de pensée est particulièrement dangereuse si la mission dont se sentent investis les Etats-Unis, ne les conduit pas tant à guider leurs alliés et partenaires qu'à tenter de les dominer. La guerre en Irak est considérée comme la première application de la stratégie de sécurité nationale américaine tant controversée, rendue publique en septembre 2002. Cette stratégie générale représente une impressionnante manifestation de la détermination des Etats-Unis de défendre l'Amérique contre ses ennemis, et notamment contre les menaces que constituent les réseaux terroristes internationaux tels qu'Al Qaida, mais aussi contre les Etats voyous cherchant à se procurer des armes nucléaires, biologiques et chimiques de destruction massive. Dans un débat sur les conséquences de la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis pour la sécurité mondiale, la plupart des intervenants parmi les parlementaires nationaux des 28 pays de l'UEO ont accusé le gouvernement des Etats-Unis de mettre en danger la survie des institutions de sécurité nées de la Deuxième guerre mondiale. Certains ont néanmoins reproché à l'ONU et aux institutions européennes leurs insuffisances et leur incapacité à offrir des réponses appropriées aux menaces contre la paix. Nombre d'orateurs ont critiqué l'approche unilatérale de la nouvelle doctrine de sécurité et sa tendance à légitimer ce qui ressemble à un droit d'intervention illimité. Le Vice-Président de la Douma russe, Vladimir Loukine, a estimé inacceptable, dans son discours, qu'un pays déclare qu'il ne respecterait l'ONU que si celle-ci votait dans le sens qu'il désire. Même si, dans les organisations internationales de consultation et de prise de décision à caractère politique, telles que les Nations unies, l'OTAN et l'Union européenne, beaucoup émettent des doutes quant à la gravité de la menace émanant de l'Irak, les Etats-Unis s'appuient, pour agir, sur leur propre évaluation, selon laquelle la menace serait suffisamment grave pour justifier une intervention militaire. M. Karolos Papoulias, Président de la Commission nationale permanente pour la défense et les affaires étrangères du Parlement hellénique, a relevé le risque que l'unique superpuissance se transforme en puissance hégémonique. L'Amérique projette désormais de propager son idéal démocratique, y compris par la puissance des armes, en se targuant de sa supériorité morale et de la justesse de sa cause. Dans ce contexte, il est dommage et dommageable que l'Europe ne parle pas d'une seule voix. Tandis que de nombreux orateurs critiquaient le contenu de la stratégie de sécurité et la façon dont elle a été présentée et appliquée, Ivan Eland, Directeur du Center for the Study of War, Crises and Liberty de l'Independent Institute, à Oakland, en Californie, émettait lui aussi des doutes sur sa viabilité et ses chances de succès. Pour lui, les deux principes clés de la stratégie - primauté et action préventive - sont contre-productifs et à la longue, insoutenables. La stratégie se révèle d'ores et déjà contre-productive car elle accroît la prolifération des armes de destruction massive et des missiles au lieu de la réduire, a-t-il affirmé. M. Eland a cité les exemples de la Corée du Nord et de l'Iran, qui intensifient leurs efforts afin d'acquérir des armes de destruction massive et de pouvoir brandir la menace de représailles si les Etats-Unis envisageaient d'intervenir dans ces pays. La stratégie des Etats-Unis est insoutenable, a-t-il affirmé, car il reviendrait trop cher - et ce serait de toute façon impossible - d'intervenir dans tous les pays travaillant sur des programmes d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques. De nombreux participants ont néanmoins été d'accord qu'une fois la guerre en Irak terminée, une chance historique se présenterait de jeter les bases d'un gouvernement démocratique et d'asseoir l'Etat de droit dans ce pays. En ce qui concerne les conséquences de la nouvelle stratégie de sécurité pour l'OTAN, S.E. M. Thomas J. Miller, Ambassadeur des Etats-Unis en Grèce, a souligné que l'Alliance devait évoluer pour faire face aux nouvelles menaces. Pour affronter le terrorisme mondial, il faut une Alliance plus souple et mieux adaptée, qui développe ses relations avec d'autres pays concernés comme la Russie et l'Ukraine, les pays du Caucase et de l'Asie centrale. L'Europe doit participer davantage à l'effort commun, tant sur le plan budgétaire qu'en poursuivant la réforme des forces armées. Elle doit rattraper son retard en matière de capacités. Sur le recours à la force, qui est nécessaire, il est clair que le niveau d'acceptation de la menace n'est plus le même aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre. On ne peut pas attendre que l'Irak soit en mesure de menacer réellement les Etats-Unis pour agir. Les Etats-Unis ont beaucoup travaillé dans le cadre de l'ONU : il y a eu plusieurs résolutions supplémentaires mais toute recherche de compromis s'est révélée inutile. On ne peut pas discuter à l'infini. La Résolution 1441, comme nombre de résolutions précédentes, évoquait la possibilité pour l'Irak de « conséquences graves » résultant des violations continues de ses obligations. Dès lors, le point de non retour a été atteint. Le veto annoncé d'un pays a contraint d'autres pays du Conseil de sécurité à agir comme ils l'ont fait. Un ultimatum a donc été lancé au régime irakien. Les Etats-Unis n'ont pas le choix. La force est la seule solution. L'objectif des Nations unies sera réalisé. L'Irak sera désarmé. Cependant, la coopération entre l'Europe et les Etats-Unis reste essentielle pour préparer la période d'après-guerre et pour continuer à combattre le terrorisme international et la menace des armes de destruction massive. M. Mario Palombo, Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, a constaté qu'à la division transatlantique et intra-européenne sur la question irakienne s'ajoutaient d'autres divisions qui préexistaient entre les Etats-Unis et l'Europe, dans des domaines tels que le commerce international, la protection de l'environnement, la peine de mort ou le rôle des institutions internationales. Si l'Europe a le droit de mettre en avant ses positions politiques et ses valeurs au sein de la communauté internationale et de l'OTAN, elle a aussi le devoir d'être plus crédible sur le plan militaire. M. Palombo a conclu que les Etats-Unis et l'Europe continueraient à entretenir des divergences dans bien des domaines, mais les questions qui les unissent sont plus nombreuses que celles qui les séparent. William Hopkinson, du Royal Institute for International Affairs, à Londres, a prédit que les conséquences de la nouvelle stratégie des Etats-Unis seraient limitées, car l'Alliance est d'ores et déjà « moribonde ». Il estime que la tendance à l'unilatéralisme récemment manifestée par les Etats-Unis et la dynamique engendrée par une supériorité militaire toujours plus grande signifient qu'à long terme, aucun autre pays ne pourrait être opérationnel face aux forces armées des Etats-Unis. Cela ne ferait que renforcer un processus à l'issue duquel l'OTAN n'aurait plus aucune utilité pour la politique de sécurité des Etats-Unis. Si les perspectives pour l'OTAN semblent sombres, les participants ne se sont pas montrés plus optimistes à propos des tentatives de l'Union européenne de mettre en place une politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Anatol Lieven, du Carnegie Endowment for International Peace, à Washington, a déclaré que les Etats-Unis avaient longtemps eu une attitude ambiguë vis-à-vis des efforts déployés par les Européens pour élaborer une politique de sécurité et de défense plus indépendante. Sous l'administration actuelle, cette ambiguïté pourrait même se transformer en hostilité ouverte. En attendant, s'il est certes vrai que de nombreux membres éminents de l'administration des Etats-Unis sont très sceptiques quant au sérieux des efforts de l'Europe pour accroître ses capacités militaires, nous ne devons pas nous montrer trop pessimistes. De nombreux orateurs se sont dits convaincus que si les Européens faisaient un usage plus rationnel et efficace de leurs ressources limitées, en s'efforçant de créer des capacités complémentaires de celles des Etats-Unis, ils pourraient redevenir des partenaires fiables. Les Etats-Unis ont toutes les raisons de continuer à coopérer avec leurs alliés traditionnels de l'OTAN dans le cadre de leur politique nationale de sécurité et de défense. L'Europe pourrait notamment leur fournir d'utiles bases militaires permanentes. En outre, elle serait un partenaire important pour les Etats-Unis dans leur dialogue sécuritaire avec les pays de l'ancienne Union soviétique. Comme l'a souligné Vladimir Loukine, il est dans l'intérêt de tous de préserver l'unité de la coalition pour la lutte contre le terrorisme et la prolifération. Selon plusieurs intervenants, il faut bien admettre que dans un avenir prévisible, les Etats-Unis ne laisseront pas volontiers une instance internationale leur dicter l'usage qu'ils doivent faire de leurs forces armées. Mais Washington serait peut-être prêt à pratiquer la coopération et la concertation s'il avait face à lui un partenaire ou une instance qui y soit disposé. Comme l'ont reconnu de nombreux participants, ce que l'Europe s'efforce de faire dans les Balkans est un premier pas dans la bonne direction - l'Union européenne s'apprêtant à prendre la relève des missions de maintien de la paix de l'OTAN non seulement dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine mais peut-être aussi en Bosnie. Si l'Europe démontre qu'elle est prête et apte à partager la tâche de garant de la paix et de la sécurité internationales, elle gagnera en crédibilité en tant que partenaire respectable aux yeux des Etats-Unis. L'Europe, qui n'ambitionne aucunement de mettre en place un système de sécurité et de défense autonome et compétitif vis-à-vis des Etats-Unis, doit se concentrer sur l'amélioration de ses capacités militaires en utilisant plus efficacement ses ressources financières. Si les Etats-Unis reconnaissent alors la volonté politique de l'Europe et admettent que l'amélioration de ses capacités militaires lui permet de se joindre à l'Amérique pour construire un monde plus sûr et lutter contre le terrorisme international, il y a de grandes chances que la confiance se rétablisse rapidement sur les deux rives de l'Atlantique. Sans les Américains, les Européens ne pourront réaliser leurs ambitions dans les Balkans ou préserver leurs intérêts sécuritaires à l'échelle planétaire. Ils n'ont pas de présence militaire européenne crédible dans l'est de l'Asie ou dans le Pacifique, comme l'a fait remarquer M. Lieven. Il n'en est pas moins essentiel que l'Europe surmonte ses divisions actuelles et parvienne à un consensus sur le rôle que doit jouer l'Union européenne dans les crises internationales. Seule une Europe unie pourra devenir un partenaire durable pour les Etats-Unis. Un pays traitant individuellement avec les Etats-Unis ou dans le cadre d'un groupe ad hoc ne peut espérer gagner qu'une influence très limitée. Avant toute chose, il faut que les Européens s'entendent sur la question de savoir dans quelles circonstances la force pourrait être utilisée dans le cadre de la PESD, et de quelle manière. M. Yannos Papantoniou, Ministre de la défense de la Grèce, a constaté que les divergences des Européens sur les moyens de parvenir au désarmement ne remettaient pas en question l'objectif de la construction d'une défense commune en Europe ; au contraire, on en constate de plus en plus la nécessité. Il faut promouvoir une PESD autonome et, à terme, une défense commune. Il y a là, pour la Convention sur l'avenir de l'Europe, un défi à relever. Il faut aussi élargir les objectifs de la force de réaction rapide et inclure une clause d'assistance mutuelle pour faire face aux menaces terroristes actuelles. Selon lui, le fait que l'Europe prenne la relève de l'OTAN dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) atteste de la complémentarité de l'OTAN et de l'UE et favorisera la logique d'intégration en matière de politique de sécurité. M. Michael Chrisohoidis, Ministre de l'ordre public de Grèce, a constaté qu'il fallait étudier les causes directes du terrorisme, établir la relation avec d'autres causes (économiques et sociales, politiques) et prendre en considération l'environnement local et régional dans lequel se développe et agit le terrorisme. Le terrorisme est aujourd'hui dirigé contre la démocratie et c'est pour cela qu'il faut renforcer et développer celle-ci comme un antidote à la violence. Le défi de notre époque est de parvenir à « disséminer » la démocratie. M. Ismael Cem, ancien Ministre des affaires étrangères turc, a analysé les réponses communes au terrorisme international et défis futurs pour la sécurité. Il a souligné le sort tragique des Nations unies et analysé les conditions nécessaires pour lutter efficacement contre le terrorisme. Pour lui, la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, privée d'une participation substantielle de l'Europe et d'une dimension onusienne forte et respectée, sera un instrument strictement américain. Elle ne servira pas la cause du monde et ne répondra pas à ses besoins, ni même à ceux des Etats-Unis. M. Pascal Boniface, Directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques à Paris, s'est interrogé sur les enjeux véritables de cette guerre. L'Irak est un danger potentiel et il faut désarmer le régime. Il y a donc consensus sur l'objectif. Mais les deux enjeux majeurs sont autres. Il s'agit du Proche-Orient et de l'architecture internationale de sécurité. On risque une nouvelle dégradation de la situation stratégique dans la région du Proche-Orient. Plus important encore, l'architecture internationale de sécurité est mise en question. Pour M. Boniface, la stratégie de légitime défense préventive correspond à une agression. Le choix est à faire entre les rapports régis par le droit international ou par la force. La vraie question est la volonté de l'administration américaine de faire primer la force sur le droit et de chercher plus à contraindre qu'à convaincre. On doit aussi tirer une leçon de la crise actuelle. Une opinion publique européenne est née. M. Lluís María de Puig a présenté les conclusions du colloque en se félicitant du large éventail d'opinions et d'arguments différents exprimés au cours des débats Il y a eu des interventions critiques et des autocritiques, ainsi que des éléments de réflexion positifs pour l'avenir. Une volonté constructive a clairement été énoncée. Au cours des discussions, un accord général s'est aussi dégagé sur l'engagement des Européens aux côtés des Américains. Simultanément, il a été reconnu que l'Europe devait s'organiser pour jouer un rôle européen au sein de l'OTAN et un rôle européen au sein des Nations unies aux côtés des Etats-Unis. L'Europe a besoin des Etats-Unis mais les Etats-Unis ont aussi besoin de l'Europe.
|
COMPTE RENDU DES DEBATS
|
Lundi 17 mars SESSION INAUGURALE M. Apostolos Kaklamanis (Président du Parlement hellénique), souhaite la bienvenue aux participants au colloque. Le sommet réunissant les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Espagne et le Portugal aux Açores dimanche 16 mars pourrait correspondre à l'annonce de la guerre. Cette guerre aurait des répercussions en chaîne énormes. Toute tentative de renverser la perspective d'événements dramatiques est bénéfique. Il ne faut pas ignorer les organisations internationales compétentes en matière de sécurité. Le Conseil de Sécurité des Nations unies a la responsabilité unique de décider d'imposer par la force le désarmement d'un Etat ne respectant pas le droit international. La seule option possible en cas de non-respect du droit international est d'appuyer l'ONU qui agira avec toute la légitimité requise pour rétablir l'ordre. L'attitude de l'UE consiste à respecter l'autorité des Nations unies. En ce qui concerne l'Irak, il faudrait élargir les tâches et les pouvoirs des inspecteurs, dont l'objectivité n'est pas mise en doute. Cette politique serait beaucoup plus efficace pour aboutir au respect par l'Irak des résolutions de l'ONU. D'autre part, on ne doit pas pratiquer de politique consistant à appliquer « deux poids, deux mesures ». La guerre n'est pas inévitable, il y a toujours un espoir. L'emploi de la force doit être l'ultime moyen de faire respecter le droit. La question de la sécurité internationale reste la plus grande préoccupation de la communauté internationale. Le phénomène terroriste, la stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, la PESC/PESD et la coopération transatlantique sont parmi nos principaux sujets de préoccupation. La lutte contre le terrorisme international est devenue une priorité essentielle. Il faut, pour ce faire, agir au plan global tant en matière de sécurité que de développement, comme le fait l'UE. Il faut oeuvrer à éradiquer les foyers de conflit (Moyen-Orient, Balkans, ...) et veiller à faire respecter les droits de l'homme. M. Jan Dirk Blaauw (Président de l'Assemblée de l'UEO, Assemblée interparlementaire européenne de sécurité et de défense) remercie d'abord très chaleureusement la Présidence grecque de l'Union européenne et de l'UEO, sans qui ce colloque n'aurait pu voir le jour. L'Assemblée est très reconnaissante au Parlement hellénique pour son soutien indispensable et remercie tout particulièrement le Président Kaklamanis. Le département des affaires européennes du Parlement hellénique a très efficacement épaulé l'Assemblée pour organiser ces deux jours de débats. M. Blaauw remercie aussi vivement M. Theodoros Pangalos, Président de la délégation grecque, qui a eu l'amabilité d'être l'hôte de l'Assemblée tout au long de ce colloque. Il constate que le colloque a lieu à une période cruciale pour la politique mondiale. Les relations transatlantiques et le rôle joué par les Nations unies subissent d'intenses pressions et il est difficile de savoir quel pourra être l'impact de la crise actuelle sur leur évolution. Le point de départ des discussions est la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis. Publié en septembre dernier, sous le sceau du Président Bush, ce document officiel contient à la fois des éléments de continuité et de rupture par rapport aux stratégies américaines précédentes. C'est évidemment surtout sur les éléments nouveaux et leurs répercussions pour l'Europe et les relations transatlantiques que les échanges doivent se focaliser. Le Président Blaauw saisit cette occasion pour dire en quelques mots où en est actuellement l'Assemblée de l'UEO et exposer son programme pour l'avenir proche. Les observateurs éprouvent peut-être des difficultés à comprendre la position actuelle en ce qui concerne le développement d'une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et d'une politique européenne de sécurité et de défense (PESD), mais cette question est toujours à l'ordre du jour des travaux de l'UE au sein de la Convention, et le sera encore lors de la future Conférence intergouvernementale (CIG). Dans les mois qui viennent, la Convention européenne devrait apporter des réponses à un certain nombre de questions, notamment sur la meilleure manière de garantir aux parlements nationaux un rôle qui leur permette de suivre les politiques de l'UE, étant donné leurs importantes prérogatives en ce qui concerne la politique de sécurité et de défense. Les budgets de défense nationaux continuent d'être votés par les parlements nationaux et les décisions sur le déploiement des troupes pour la gestion de crise sont également prises par les parlements nationaux. L'Assemblée contribue activement aux travaux de la Convention et certains de ses parlementaires en sont également membres. Celle-ci sera suivie immédiatement par la Conférence intergouvernementale, qui doit mettre au point la configuration que revêtira la dimension parlementaire. Les discussions au sein de la Convention ont désormais clairement montré que les parlements nationaux continueront de jouer un rôle important dans le contrôle de la PESC/PESD qui, dans un avenir prévisible, restera du ressort de la politique intergouvernementale. Et cette dernière nécessite un contrôle parlementaire. Il est inévitable qu'un tel contrôle soit exercé simultanément par le Parlement européen et les parlements nationaux, dans le cadre d'une structure qui pourrait s'appuyer sur le modèle de l'Assemblée de l'UEO. Compte tenu des nombreuses incertitudes qui pèsent sur l'inclusion éventuelle d'une clause de solidarité de type article V dans un nouveau traité de l'UE, l'Assemblée pense que les obligations de défense collective du Traité de Bruxelles modifié pourraient continuer à jouer un rôle utile, permettant de rallier les pays européens disposés à faire face à ces responsabilités dans un cadre européen. Dans ce cas, le Traité de l'UEO pourrait être annexé en tant que protocole à un nouveau traité de l'UE. Le Président Blaauw est donc également favorable à l'adhésion au Traité de l'UEO de tous les nouveaux membres de l'UE/OTAN. L'Assemblée juge essentiel de forger et de maintenir des liens étroits avec les parlements nationaux de tous les Etats européens, y compris ceux qui ne sont pas ou pas encore membres de l'UE et/ou de l'OTAN, et avec les autres instances interparlementaires concernées par la sécurité et la défense au sens large. M. Blaauw se réjouit donc tout particulièrement d'accueillir la délégation de la Fédération de Russie, conduite par M. Loukine, qui doit prendre la parole pendant ce colloque. Il souhaite également la bienvenue au Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, M. Palombo. Il souligne enfin que l'Assemblée poursuit sa tâche et continue de débattre les questions spécifiques liées à la politique européenne de sécurité et de défense. L'une des questions clés qui sera abordée lors de la session de juin sera l'évolution de la situation dans l'ex-Yougoslavie - qui semble avoir été abandonnée par les médias depuis les attentats perpétrés le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le Président Blaauw précise qu'il va visiter, avec le rapporteur Mike Hancock, les pays de cette région, en vue de la préparation d'un rapport. L'assassinat du Premier ministre serbe, M. Zoran Djindjic, a démontré que l'Europe doit continuer à soutenir avec détermination la reconstruction économique et politique de ces pays. A titre de conclusion, le Président Blaauw soulève quelques-unes des nombreuses questions auxquelles il faudra apporter des réponses : Les Etats-Unis ont-il fait le choix de l'unilatéralisme ? Pour leur part, les Européens sont-ils prêts à assumer leur place dans un monde multipolaire ? L'analyse des fondements des attentats du 11 septembre 2001 a-t-elle été conduite à son terme de part et d'autre de l'Atlantique ? Cette analyse est-elle identique ? Quel type d'actions transatlantiques communes pourrait-on envisager en matière de lutte contre le terrorisme ? Cette question correspond au sous-titre même du colloque : « lutter ensemble contre le terrorisme ». Quelles sont et seront les répercussions des divergences transatlantiques et intra-européennes sur la crise irakienne ? Certains participants inscrits n'ont d'ailleurs pas pu être présents au colloque en raison de leur implication dans cette crise. Pour terminer, il réitère ses remerciements à la présidence grecque pour son accueil et son soutien. Il remercie tous les participants d'être présents et les invite à prendre une part active aux débats. Il conclut que le record d'affluence des participants au colloque mériterait d'être inscrit au livre Guinness des records. M. Theodoros Pangalos (Vice-Président de l'Assemblée de l'UEO) rappelle que le thème de la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis a été choisi pour ce colloque dès septembre dernier. Il s'agissait de promouvoir une démarche unie au sein de l'UE, tout en soulignant le lien important entre la PESC/PESD et l'OTAN. Organiser une discussion entre Européens mais aussi avec les Américains a paru particulièrement nécessaire. Les événements se sont accélérés et, compte tenu des circonstances, nombre de participants américains n'ont pas pu être présents au colloque. Néanmoins, la présence américaine reste satisfaisante. Les Américains ont exprimé le souhait que l'on insiste sur la question du terrorisme. Ils établissent un lien clair entre le terrorisme et certains régimes critiqués par la communauté internationale, tout particulièrement l'Irak. La question principale est la suivante : quelles règles la communauté internationale devra-t-elle appliquer à l'avenir dans des cas similaires ? Des représentants des ambassades, des médias et des universités sont présents pour participer aux échanges de vues. Ce colloque doit permettre des contacts utiles dans le plus grand intérêt de l'intégration européenne. SESSION D'OUVERTURE Le Président Blaauw explique que compte tenu de la situation actuelle, M. Georges Papandreou, Ministre des affaires étrangères de la Grèce, s'est excusé car il devait se rendre à Bruxelles dès cet après-midi. Le Président précise qu'il a eu la chance d'avoir un échange de vues substantiel avec M. Papandreou il y a un mois à Athènes et que ce dernier sera accueilli avec plaisir lors de la prochaine session plénière de l'Assemblée, qui aura lieu début juin à Strasbourg, en raison des travaux dans les bâtiments de Paris. Le Président souhaite la bienvenue à M. Magriotis, Ministre adjoint des affaires étrangères de la Grèce. Il souligne combien l'Assemblée apprécie les efforts de la présidence grecque de l'UE et de l'UEO en vue d'assurer la pleine information des parlementaires sur les développements concernant la PESD. Dans l'introduction du rapport annuel que les gouvernements ont l'obligation de remettre à l'Assemblée et qui a été reçu vendredi dernier, la présidence fait pour la première fois mention du lien précis qui existe entre la PESD et l'Assemblée de l'UEO. Cela pourrait représenter une percée dans les efforts de l'Assemblée en vue d'adjoindre une dimension interparlementaire pragmatique à la PESD. Le Président remercie la Présidence grecque pour ses efforts dans ce sens. M. Ioannis Magriotis (Ministre adjoint des affaires étrangères, prenant la parole au nom de M. Papandreou, Ministre des affaires étrangères, excusé) constate que le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive constituent de nouveaux défis. La question se pose de trouver les moyens de réduire ces menaces contre la sécurité. Le gouvernement Bush s'oriente vers un changement de cap radical. La nouvelle stratégie de sécurité nationale de septembre 2002 énonce l'idée d'agir contre les menaces posées par les armes de destruction massive avant même qu'elles se précisent. Pour les Américains, la légalisation de la prévention est une question technique. Or cette approche préventive est un point de rupture majeur, mettant en danger, à terme, la paix et la prospérité en provoquant des risques d'instabilité. On court, en effet, le danger de « réactions » contre la politique des Etats-Unis. Le principe d'une action stratégique préventive risque de miner l'esprit de coopération. Il existe d'autres solutions pour éviter aux pays d'être tentés par l'acquisition ou la dissémination d'armes de destruction massive. Il faut trouver une stratégie cohérente de lutte contre la prolifération de ces armes. Le dogme américain de l'action préventive pose aussi le problème d'un « précédent » pour d'autres pays qui pourraient décider de l'appliquer également. Une action préventive sans preuve solide serait désormais possible pour d'autres pays. Ce risque d'action unilatérale sans preuve pourrait miner la paix. Il faut un véritable dialogue sur les questions de sécurité. Le « danger imminent » doit être défini par les Nations unies. Le dialogue pour la sécurité doit être mené au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Pour lui, l'action multilatérale permettra à l'Europe de mieux se protéger contre les menaces existantes, grâce à la définition de principes clairs à ne pas transgresser. Les conflits régionaux sont à surveiller et à prévenir. La stratégie de sécurité nationale américaine se rapproche dans ce sens de la politique européenne, notamment quant à la volonté énoncée par les Américains de minimiser les conflits régionaux pour éviter leur dérive vers des phénomènes terroristes. Dans la stratégie américaine, la prévention des conflits est fondée sur le développement et la non-prolifération. En effet, à côté de nos sociétés d'abondance, la pauvreté sévit et le monde n'est ni juste, ni stable. Aussi les Etats-Unis annoncent-ils leur intention d'augmenter leur aide au développement de 50%. La menace d'acteurs non étatiques est un élément nouveau. La priorité actuelle est à la collecte d'informations et au renforcement des services de police en vue d'éradiquer les cellules terroristes. Les Etats-Unis dépensent 380 milliards de dollars pour leur défense. Cependant, malgré leur leadership en matière de budget de défense, ils ne doivent pas faire l'impasse d'une coopération internationale solide, car pour tous les autres domaines les Etats-Unis ont besoin de partenaires. L'UE doit développer sa politique et ses instruments. Au sommet de l'UE de Séville, les 21 et 22 juin 2002, les pays européens ont notamment pris des mesures en vue de se protéger en cas d'attaques terroristes. L'objectif serait de créer une base de données aux fins de renseignement, en mettant des moyens nationaux en commun. Il faudrait également améliorer la coopération OTAN/UE. Le monde n'est plus bipolaire. Il faut une société mondiale plus unie pour éviter que la violence, l'instabilité et la confrontation ne dominent. Il faut tendre vers un idéal de sécurité devant s'appliquer à l'ensemble du monde et visant à établir des principes internationaux. Cet objectif ne peut justifier une intervention armée. La force ne doit être utilisée que dans l'intérêt de la communauté internationale dans son ensemble. La sanction doit être juste et proportionnelle à l'attaque. Il ne peut s'agir de la destruction totale de l'adversaire. Lorsqu'il est fait usage de la violence, ce doit être toujours en ayant pour objectif la survie de l'espèce humaine. L'Europe et la nouvelle stratégie de sécurité des Etats-Unis : M. Lluis María de Puig (rapporteur) présente la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis. Cette stratégie est à évaluer à l'aune de la réalité présente (l'après-11 septembre et la crise irakienne). L'essence de la nouvelle stratégie de sécurité américaine est unilatérale et prévoit le principe de « guerre préventive ». Elle est principalement contenue dans le document officiel « La stratégie de sécurité nationale », publiée en septembre 2002 sous le sceau du Président George W. Bush1 ainsi que, sur le plan plus opérationnel, dans la « Quadrennial Defense Review ». Pour avoir une compréhension approfondie de la nouvelle stratégie de sécurité et de défense, on doit aussi se baser sur d'autres discours et études émanant de la mouvance républicaine proche de l'administration Bush. 
L'axe du mal a été défini par le Président Bush avant les attentats du 11 septembre. La décision de poursuivre le projet de défense antimissile se double, sur décision du Président Bush, de la dénonciation du Traité ABM. A la suite des attentats traumatisants du 11 septembre et dans le contexte de la montée de la crise irakienne, la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis a suscité un intérêt accru à l'intérieur et à l'extérieur du pays, d'autant qu'elle a été publiée avec plus d'un an de retard. Cette stratégie contient des éléments de continuité mais aussi de rupture par rapport aux stratégies américaines précédentes. Le maintien de la suprématie militaire américaine est par exemple une constante que l'on retrouve dans les stratégies de sécurité nationales successives. Au titre IX de la nouvelle stratégie, les Etats-Unis réaffirment « le rôle essentiel des forces militaires américaines » et déclarent : « Nous devons construire et entretenir nos moyens de défense de façon à ce qu'ils restent inégalés ». Pour ce qui concerne les éléments nouveaux, voici quelques idées clés de la nouvelle stratégie américaine. Tout d'abord, parmi les changements radicaux qui méritent d'être relevés, mentionnons la possibilité pour les Etats-Unis de lancer des attaques préventives unilatérales contre des groupes terroristes mais aussi contre des Etats dits voyous, détenteurs ou même potentiellement en voie de détenir des armes de destruction massive. Il est difficile de discerner si et dans quelle mesure les Etats-Unis font une différence entre la lutte contre des « organisations terroristes » et contre des « entités étatiques » potentiellement menaçantes. On observe également une nouvelle confusion conceptuelle entre les notions de « préemption » et de « prévention ». Les Etats-Unis tendent à assimiler une action préventive (menée « même s'il subsiste des doutes sur le moment et l'endroit de l'attaque ennemie ») à une frappe préemptive (pouvant être légitime en cas de danger certain et immédiat). Au titre III, on peut lire : « Bien que les Etats-Unis soient prêts à déployer tous leurs efforts pour obtenir le soutien de la communauté internationale, nous n'hésiterons pas à agir seuls, si nécessaire, pour exercer notre droit à l'autodéfense en agissant à titre préventif contre ces terroristes ... ». Au titre V, il est dit : « Nous devons être prêts à arrêter ces Etats voyous et leur clientèle terroriste avant qu'ils ne soient capables de brandir ou d'utiliser des armes de destruction massive contre les Etats-Unis et leurs alliés et amis. Nous devons recourir à la dissuasion et nous défendre avant même que l'ennemi ne passe à l'acte. (...) Nous ne pouvons laisser l'ennemi frapper le premier. (...) Plus grave est la menace, plus le risque de l'inaction est grand - et plus il est important de prendre des mesures préventives pour assurer notre défense, même s'il subsiste des doutes sur le moment et l'endroit de l'attaque ennemie. (...) Les Etats-Unis se réservent la possibilité, le cas échéant, d'agir par anticipation. Les Etats-Unis n'auront pas systématiquement recours à la force pour prévenir l'émergence de menaces, de même que les autres pays ne devront pas agir à titre préventif en prenant une agression pour prétexte. (...) Les raisons de nos actions seront claires, leur ampleur mesurée et leur cause juste. » En matière d'alliance, les Etats-Unis semblent plus enclins à privilégier des coalitions de volontaires. Le multilatéralisme à l'américaine, défendu notamment par Robert Kagan, privilégie les coalitions de volontaires. Dans son message introductif à la stratégie, le Président Bush constate que « les Alliances et les organisations multilatérales sont là pour accroître la force des pays épris de liberté. » Et il ajoute que « Lls coalitions de volontaires sont susceptibles de renforcer l'action de ces organisations ». Plus loin, au titre VIII, il est précisé que « l'Amérique mettra en oeuvre ses stratégies en organisant des coalitions - aussi larges que possible - d'Etats disposés à promouvoir un équilibre des forces propre à favoriser la liberté. (...) » La stratégie clarifie aussi le rôle que les Etats-Unis entendent désormais voir jouer par l'OTAN. Selon eux, « La mission essentielle de l'OTAN - la défense collective de l'Alliance transatlantique des démocraties - demeure inchangée, mais cet organisme doit envisager de nouvelles structures, de façon à remplir cette mission dans des circonstances nouvelles. L'OTAN doit se doter des moyens de projeter, dans un délai réduit, des forces très mobiles spécialement entraînées, pour répondre à une menace contre un membre quelconque de l'Alliance. L'Alliance doit être en mesure d'agir partout où ses intérêts sont menacés, en créant des coalitions sous mandat de l'OTAN ou en se ralliant à des ou en se ralliant à des coalitions formées pour des missions spécifiques. (...) Si l'OTAN parvient à mettre ces changements en oeuvre, le bénéfice sera un partenariat aussi indispensable à la sécurité et aux intérêts de ses membres que pendant la guerre froide ». Rappelons que c'est à l'initiative des Etats-Unis que l'OTAN a entériné, lors du sommet de Prague, un concept militaire qui inclut la défense contre le terrorisme. Même après le 11 septembre, malgré la volonté des alliés européens d'invoquer l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord, les Etats-Unis ont repoussé les avances des Européens et ont opéré en Afghanistan en se basant sur une coalition de volontaires hors du cadre de l'Alliance. Ultérieurement, les Américains ont pris l'initiative de proposer la création d'une force de réaction rapide au sein de l'OTAN, idée qui a été entérinée à Prague. La stratégie américaine fait une seule allusion à la PESC/PESD au chapitre VIII. Les Etats-Unis déclarent : « Nous nous félicitons des efforts de nos alliés européens pour mettre en oeuvre une politique étrangère et une identité de défense fortes au sein de l'Union européenne, et nous nous engageons à mener des consultations étroites afin d'assurer que ces développements sont harmonisés avec l'OTAN ». Si les Etats-Unis se félicitent du développement de la PESC/PESD, ils apportent, dans un même temps, une précision quant aux conditions de son développement. Même si la coopération multilatérale est mise en avant à maintes reprises dans les différentes parties de la stratégie de sécurité américaine, les objectifs et moyens définis dans un chapitre sont parfois affaiblis, voire contredits, par d'autres principes énoncés dans un autre chapitre. Au titre VIII par exemple, la coopération internationale est mise en avant. Il est constaté que « Les événements du 11 septembre 2001 ont changé radicalement le cadre dans lequel se déroulaient les relations entre les Etats-Unis et les autres centres principaux de pouvoir à l'échelle mondiale ; ils ont ouvert de nouvelles et vastes perspectives. Nous devons développer, avec nos alliés de toujours en Europe et en Asie, et avec les dirigeants de Russie, d'Inde et de Chine, une coopération active. (...) Nous pouvons établir de précieuses habitudes, celles de nous consulter, d'échanger des arguments mesurés, de nous livrer à des analyses pondérées de la situation et d'entreprendre des actions communes (...) ». Mais tout en reconnaissant l'importance des alliances, les Etats-Unis se réservent le droit d'agir seuls s'ils y ont intérêt. Au titre IX, il est ainsi souligné : « Nous respecterons, dans l'exercice de notre leadership, les valeurs, jugement et intérêts de nos amis et partenaires. Mais nous serons prêts à agir seuls lorsque nos intérêts et nos responsabilités propres le nécessiteront ». Il existe d'autres éléments inquiétants dans la stratégie américaine de sécurité nationale, notamment le peu d'importance accordée aux Nations unies. On y retrouve également l'idée que les Etats-Unis ont une « mission » sur la planète. Ce qui est précisément inquiétant est la propension des Américains à assimiler cette mission mondiale aux intérêts nationaux américains. Selon eux, les intérêts des Etats-Unis coïncident toujours exactement avec ceux de l'humanité. Il faut aussi lire les discours du Président Bush qui sont autant de contradictions et d'hésitations, avec notamment des allusions à la « divine providence », à l'idée que « Dieu n'est pas neutre » et qu'il est « avec nous », et ce, en l'absence de toute analyse strictement politique et rationnelle. Il faut également envisager la stratégie américaine dans une perspective à long terme. Dans quelques mois, voire au-delà, quel sera son impact sur les travaux au sein des Nations unies, de l'OTAN ou de l'UE ? Comme le soulignait le Président Clinton dans un article récent2, les Etats-Unis doivent exercer leur leadership et non vouloir dominer. Nous sommes tous dans l'expectative. La stratégie officielle de sécurité nationale des Etats-Unis prendra toute sa dimension à l'épreuve des faits, notamment à l'occasion de la crise irakienne. Que veulent nos amis américains ? Une coopération active dans un monde multipolaire ou action unilatérale ? Que peuvent leur apporter les alliés du continent européen ? Les Européens ont le devoir de s'interroger sur les conséquences de la nouvelle stratégie américaine de sécurité pour le monde et pour les relations transatlantiques. Ils doivent défendre leurs priorités et leurs visions au travers d'un processus dialectique constructif, à la fois intra-européen et transatlantique. Ceci est d'autant plus crucial avec l'existence d'un risque de rupture entre l'Europe et les Etats-Unis.
|
PREMIERE SESSION
|
Conséquences pour la sécurité mondiale M. Karolos Papoulias (Président de la Commission nationale permanente pour la défense et les affaires étrangères du Parlement hellénique) présente les débats en rappelant que le conflit militaire semble déjà décidé. Infléchir la décision des Américains ne semble pas possible, malgré les positions du chef des inspecteurs Hans Blix et de pays tels que la France, l'Allemagne et la Russie. 
Le risque que l'unique superpuissance se transforme en puissance hégémoniste existe. L'Amérique projette désormais de propager son idéal démocratique, y compris par la puissance des armes, en se targuant de sa supériorité morale et de la justesse de sa cause. Il existe sur ce point des divergences avec les Européens qui, par exemple, sont plus proches du monde arabe de par leur histoire. Le terrorisme est une menace réelle, mais une attaque préventive contre l'Irak qui violerait toutes les règles internationales n'est pas souhaitable. Il est dommage et dommageable que l'Europe ne parle pas d'une seule voix. Dans le cadre de cette crise, huit pays membres de l'UE, en particulier, se sont différenciés des autres dans leur rapport avec les Etats-Unis. L'Europe a manqué une occasion importante de montrer qu'elle n'est pas uniquement un grand marché mais aussi une entité à vocation politique capable de coordonner ses positions. Pour M. Ivan Eland (Directeur du Center for Study of War, Crises and Liberty, the Independant Institute, Oakland (Californie), Etats-Unis) la stratégie de sécurité nationale (SSN) présentée par le Président Bush en septembre 2002 n'est pas d'une grande nouveauté. C'est la même politique qui est poursuivie depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale et qui vise à établir une hégémonie américaine sur le monde. Les Présidents Clinton et Bush senior ont également poursuivi une politique d'hégémonie mondiale. Bush senior est intervenu au Panama et en Irak avec l'opération « Tempête du désert ». Clinton est intervenu en Haïti, en Somalie, en Irak, en Bosnie et au Kosovo. Dans le cas du Kosovo, Clinton a attaqué une nation souveraine sans l'approbation des Nations unies (mais il avait le feu vert de l'OTAN et n'a pas essayé de changer ouvertement le régime, mais seulement d'aider un des camps participant à la guerre civile). En 1994, Clinton a menacé la Corée du Nord d'une guerre en raison de son programme militaire et le maintien de la domination militaire américaine a toujours été à l'ordre du jour de la stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis. Les interventions américaines depuis la fin de la guerre froide ont aussi été marquées par plusieurs échecs, notamment dans les périodes post-conflit et lors de la reconstruction : l'Irak en 1991, la Somalie, Haïti, l'Afghanistan. La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine a les mêmes fondements que les précédentes, mais la différence est qu'elle présente maintenant ces objectifs de manière plus transparente et avec plus de force. Le Président Bush utilise le terme de « préemption » et déclare que « la meilleure défense est une bonne capacité offensive ». Il insiste pour que les Etats-Unis aient une puissance telle qu'elle dissuade quiconque de la défier (suprématie). Dans le cas présent de la crise irakienne, les termes de « préemption » et de « prévention » sont utilisés abusivement par le Président Bush. Il n'y a en effet aucune preuve d'une menace irakienne imminente pour les Etats-Unis. Même s'il finit par passer outre aux souhaits des Nations unies, le Président Bush est aujourd'hui davantage exposé aux feux de la critique puisqu'il essaie ouvertement de renverser le régime, sans qu'il y ait eu de provocation forte et directe de ce dernier à l'encontre des Etats-Unis. On peut craindre aussi d'autres interventions à venir contre l'Iran et la Corée du Nord. L'objectif de l'hégémonie mondiale et la doctrine de guerre préventive présentent le défaut d'être contre-productifs et insoutenables dans la durée. Les bénéfices de ces interventions sont assez limités et leur coût économique élevé ; l'opposition est parfois violente et se manifeste par le développement du terrorisme et des cycles de violence (attaques - représailles). De plus, l'opinion publique américaine est nuancée à propos des interventions militaires à l'étranger et, au niveau international, la politique américaine suscite une opposition croissante. Les divergences entre les Etats-Unis et certains pays européens sont ainsi l'une des conséquences de l'application de la stratégie américaine de sécurité nationale. Les membres de l'administration Bush qui appuient de telles stratégies ont exploité les attentats du 11 septembre pour s'en prendre à l'axe du mal. La guerre contre le terrorisme est passée d'une guerre contre les terroristes susceptibles de frapper n'importe où (membres d'Al Qaida) à une guerre contre les Etats voyous qui s'efforcent d'acquérir ou d'utiliser des armes de destruction massive. Cependant, il sera difficile de s'en prendre aux 13 Etats dotés d'armes biologiques, aux 16 pays disposant d'armes chimiques, aux 28 pays possesseurs de missiles balistiques, et d'enrayer les programmes nucléaires développés par 12 pays. La doctrine agressive de Bush contre la prolifération produit en fait l'effet inverse de celui recherché. Les pays qui mènent les 11 autres programmes nucléaires, voyant que l'Irak n'est pas traité comme la Corée du Nord, vont accélérer leurs programmes. Selon M. Eland, si les Etats-Unis veulent mettre un terme à la prolifération des armes de destruction massive et des missiles à longue portée, ils feraient bien de commencer par faire cesser leur interventionnisme mondial débridé qui incite les pays à acheter des armes. Ils doivent lancer occasionnellement une action militaire s'ils sont attaqués, mais ils doivent supprimer les interventions militaires inutiles comme en Irak. D'autres grandes puissances, par le passé, ont échoué dans leur quête hégémonique (les Habsbourg, la Grande-Bretagne, l'Union soviétique). Il n'y a aucune raison de penser que cette stratégie sera meilleure pour les Etats-Unis. Au fur et à mesure que s'étend leur zone d'influence, les Etats-Unis doivent défendre des régions de plus en plus éloignées - par exemple, il ne suffit pas de défendre les champs de pétrole dans le golfe Persique, maintenant il faut renverser le régime en Irak. L'empire devient surdimensionné et les dépenses militaires élevées érodent les taux de croissance économique. Remarquons d'ailleurs que l'Europe, pour sa part, après la Deuxième guerre mondiale, tout en assurant sa croissance économique, a intelligemment laissé les Etats-Unis régler les factures pour sa défense. Mais cette situation ne peut durer. D'autres puissances viendront le cas échéant faire contrepoids à toute nation trop puissante. Les théoriciens de « l'équilibre de la menace » prétendent que cela n'arrivera pas parce que les Etats-Unis pratiquent une hégémonie bienveillante. Les événements récents (désaccord sur l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis) montrent qu'ils se trompent et que la balance traditionnelle du pouvoir peut inciter d'autres pays à faire pendant aux Etats-Unis. La Chine, la Russie, la France et l'Allemagne sont toutes opposées à la guerre américaine en Irak. Cela se reproduira de plus en plus à l'avenir car les intérêts de l'Europe et des Etats-Unis divergeront immanquablement. La menace générale provenant de l'Union soviétique a soudé l'OTAN, l'Europe ayant alors accepté l'hégémonie américaine. Mais la réduction de la menace risque de saper sérieusement l'Alliance. D'où l'importance des efforts de l'UE. Jusqu'à présent, les gouvernements américains successifs ont bien voulu de l'intégration de l'Europe tant que celle-ci ne remettait pas en cause leur leadership sur ce continent. Selon M. Eland, les Etats-Unis sont appelés à réduire leur rôle dans le domaine de la sécurité européenne, tandis que l'UE devrait jouer un rôle accru. Il faudra que l'UE ait la possibilité d'agir indépendamment de l'OTAN. Ce serait dans l'intérêt à la fois des Etats-Unis et de l'Europe. Après la polémique sur l'Irak, les Européens devraient s'inquiéter de la suprématie des Etats-Unis et de leur stratégie préventive de sécurité. Les interventions américaines injustifiées dans le monde entier peuvent être contraires aux intérêts de l'Europe, voire dangereuses pour elle. L'Europe pourrait devenir la cible de représailles terroristes ou d'un missile originaire d'un Etat voyou dont le régime se sentirait menacé dans sa survie. Les militaires américains pourraient ainsi semer le désordre en Europe. Les Etats-Unis devraient devenir un facteur d'équilibre extraterritorial (plutôt que d'être chef de file en Europe et partout ailleurs), réduire leurs dépenses militaires et éviter ainsi le déclin qu'ont connu de nombreuses autres puissances hégémoniques. Avec deux grands océans protecteurs, deux voisins amis et le plus important arsenal nucléaire sur la planète, les Etats-Unis sont virtuellement invulnérables à toute attaque conventionnelle. Mais, comme l'ont montré les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis sont vulnérables aux attaques de terroristes insensibles à la dissuasion. Considérer que « la meilleure défense est une bonne capacité offensive », selon la stratégie de Bush, ne fait qu'amplifier le terrorisme. Certes, il faut traquer les terroristes, mais principalement par le renseignement, l'imposition de la loi, et des mesures de sécurité intérieures, en réduisant les interventions militaires au minimum. Des incursions militaires excessives - par exemple en Irak, en Colombie, aux Philippines, en Géorgie - ne feront qu'alimenter la flamme du terrorisme. Attaquer un pays musulman sans avoir été provoqué fait le jeu de Ben Laden et conduit à un recrutement plus intense de terroristes. Le département d'Etat évalue à 63% les cas de terrorisme transfrontalier visant les Etats-Unis, ce qui est curieux pour un pays qui ne connaît pas la guerre civile, les voisins hostiles et les conflits ethniques. Les sondages effectués dans les pays arabes et musulmans montrent que les populations aiment la culture et les libertés politiques et économiques américaines, mais pas la politique des Etats-Unis au Proche-Orient (c'est-à-dire leur rôle hégémonique). C'est une chose impossible à dire à quiconque parmi les spécialistes de politique étrangère à Washington. En règle générale, ils répondent : « Nous avons été attaqués non en raison de nos actes mais parce que nous sommes les meilleurs ». Les auditoires non américains sont plus réceptifs aux arguments selon lesquels les actions américaines dans le monde ont bel et bien des conséquences. Les événements du 11 septembre ont montré que la disparition de l'Union soviétique a bouleversé les notions de coûts et de bénéfices des interventions militaires. Les bénéfices sont beaucoup moins importants en raison de l'absence de superpuissance rivale, poursuivant des objectifs tout aussi hégémoniques, à laquelle ils pourraient se mesurer. Les coûts sont potentiellement plus élevés que pendant la guerre froide parce que les Soviétiques, même s'ils détenaient un arsenal nucléaire conséquent, étaient sensibles à la dissuasion et n'étaient pas suicidaires. Les terroristes ont montré qu'ils ne s'arrêtaient pas à de telles considérations. En outre, la croissance économique serait plus élevée, et le peuple américain serait plus prospère en l'absence de dépenses militaires exorbitantes (actuellement, les Etats-Unis consacrent à la défense les budgets militaires additionnés des 12 pays économiquement les plus forts ; étant donné leur situation géostratégique, ils pourraient dépenser moins que les autres pays tout en assurant leur sécurité). « Que devraient faire les Etats-Unis dans le monde et en Europe ? », s'interroge M. Eland. Ils devraient cesser de dire une chose et son contraire à propos de l'UE. S'ils veulent que l'Europe dépense davantage pour sa défense, ils doivent prendre conscience qu'elle voudra dire son mot sur ce qui se passe chez elle et ailleurs. Ils ne peuvent pas, d'une part, demander aux Européens d'assumer une part accrue du fardeau de la sécurité, et d'autre part, ignorer leurs souhaits et exiger de conserver le leadership absolu. Les Etats-Unis devraient soutenir activement l'UE pour qu'elle constitue la première ligne de la sécurité en Europe. Les Américains devraient retirer leurs troupes d'Europe et devraient seulement exercer un rôle de médiateur extraterritorial en cas de risque d'émergence d'une hégémonie trop puissante. Les Etats-Unis devraient cesser de se préoccuper davantage de la sécurité européenne que les Européens eux-mêmes. C'est l'UE, et non l'OTAN, qui devrait s'occuper des futures Bosnies et des futurs Kosovos. Les Etats-Unis devraient donc annoncer leur retrait progressif. Leurs alliés y gagneraient l'occasion de développer leurs propres forces. Les Etats-Unis et leurs partenaires y trouveraient leur compte si les uns réduisaient et les autres augmentaient leur contribution à leur propre sécurité. Dans les trois régions clés traditionnelles (Europe, Est asiatique et Proche-Orient), les Etats-Unis soutiennent les pays riches contre des concurrents potentiels beaucoup moins nantis. Il est temps que ces pays en fassent davantage pour leur défense. Or ils ne le feront pas si les forces américaines y restent stationnées. En conclusion, les Etats-Unis ne peuvent pas maintenir leur rôle néo-impérialiste. Des interventions militaires intempestives débouchent sur des conséquences indésirables (Afghanistan, Iran et Irak). Elles engloutissent des ressources économiques, ce qui induira à terme le déclin des Etats-Unis en tant que grande puissance. S'ils disposaient d'une puissance militaire renforcée, les Européens auraient davantage leur mot à dire sur leur destin. En tant que pays riches, ils en ont les moyens. La situation actuelle de l'Irak (et d'éventuelles actions militaires américaines contre l'Iran, la Corée du Nord ou l'ennemi du jour) révèle au grand jour les dangers d'une puissance hégémonique quelle qu'elle soit. Un équilibre du pouvoir entre les pays a permis d'assurer la sécurité pendant des siècles et peut porter à nouveau ses fruits si les Etats-Unis jouent le rôle de médiateur en dernier recours. Prétendre que les Européens sont incapables de gérer leurs affaires est condescendant et erroné. Les Américains devraient applaudir des deux mains les efforts de l'UE pour mettre sur pied une Force de réaction rapide et pour étoffer le rôle de l'Europe en matière de sécurité. L'Europe peut constituer un pôle d'équilibre face aux Etats-Unis à condition qu'elle développe ses capacités de défense et qu'elle avance dans la mise en place d'une politique étrangère, de sécurité et de défense commune. Cela suppose un effort européen qui doit être réel, surtout en termes économiques, pour être crédible. M. Vladimir Loukine (Vice-Président de la Douma d'Etat de la Fédération de Russie) se réjouit de constater que les choix politiques de la Russie concordent avec ceux de beaucoup d'autres pays occidentaux. Il effectue une analyse de la politique américaine en s'appuyant sur son expérience d'ancien ambassadeur aux Etats-Unis à l'époque de la présidence de Bush père. La comparaison avec la situation actuelle ne tient pas, car en 1991 l'Irak était coupable d'une agression manifeste, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Il est vrai que les temps ont changé et la nature du danger aussi : le terrorisme menace l'humanité et l'idée que des moyens de destruction massive puissent être utilisés par des terroristes devient vraiment insoutenable. C'est bien là le fléau qu'il faut combattre, mais par quels moyens ? Les Etats-Unis ont choisi la force, mais l'histoire nous a souvent montré que, sans un solide réseau de consensus et d'alliances, tous les empires basés sur la puissance des armes ont tôt ou tard échoué. Les Américains ont sacrifié leur système d'alliances au bénéfice d'actions unilatérales. Mais ils ne pourront pas résoudre tous les problèmes mondiaux seuls (par exemple imposer un nouvel équilibre régional au Moyen-Orient). C'est là une illusion dangereuse. Leur position de leader doit s'exercer au sein d'alliances stables ; ils ne peuvent pas choisir à chaque fois des partenaires différents. Les Etats-Unis ont sélectionné leur objectif, en croyant qu'il était juste. En son temps, l'Union soviétique avait fait de même, car elle se croyait investie d'une mission morale au nom du dogme marxiste-léniniste. Cela avait notamment abouti à l'invasion de la Tchécoslovaquie. Les Etats-Unis doivent s'éloigner de l'idée de croisade chrétienne. Dans le cas contraire, ils courent le risque de provoquer un « extrêmisme anti-extrémiste ». Ils ne doivent pas non plus pratiquer une politique de « deux poids, deux mesures », en intervenant en Irak tandis qu'ils s'abstiennent ailleurs. Par exemple, ils ne réagissent pas avec la même vigueur face aux risques réels générés par les tensions entre l'Inde et le Pakistan. Les Etats-Unis sont aujourd'hui la seule puissance mondiale, mais ils devront accepter de se fixer des limites car l'inverse les amènera à faire la guerre contre tous : c'est ce qu'ils font aujourd'hui contre l'Irak ; demain, ce pourrait être contre le Pakistan ou la Chine. Il est inacceptable qu'un pays déclare qu'il ne respectera l'ONU que si celle-ci vote dans le sens qu'il désire. La Russie est en train de resserrer ses liens avec l'Europe et on ne pourra jamais accepter la violation du droit international basé sur l'ONU. La Russie ne veut pas se quereller avec les Etats-Unis. Son objectif est d'intégrer l'espace européen tant du point de vue économique que politique, tout en entretenant d'excellentes relations avec les Etats-Unis. Débat M. Goris (Belgique) considère, en se déclarant fier d'appartenir à la vieille Europe, qu'il y avait aussi une vieille Amérique, celle de George Bush père, qui était préférable. Les Occidentaux sont tous avec les Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme, mais le recours à la force ne va pas dans la bonne direction, car il ne peut qu'encourager le terrorisme à redoubler d'intensité. Si une attaque est menée contre l'Irak, il faudra s'attendre, dans le long terme, à une lutte croissante des jeunes Arabes contre un système jugé injuste. Il souligne l'importance du rôle des Nations unies. Aucune décision unilatérale ne doit prévaloir. La raison doit l'emporter. En transgressant l'ordre international, on aboutirait au résultat inverse de celui souhaité. L'Europe ne doit-elle pas être gardienne des valeurs dont elle se prévaut ? M. Masseret (France) constate qu'en Europe il y a encore des pays qui sont dépendants des intérêts américains et qui ne reconnaissent aucune identité européenne de valeurs et d'intérêts. Il s'interroge sur les conséquences de la division des Européens (enjeux, risques, enseignements). Il soutient le choix d'une « Europe puissance ». Il n'est pas question d'accepter une relation de vassalité face à un suzerain. La logique de l'administration américaine consistant à affirmer « nos intérêts vitaux sont les vôtres » est aberrante. D'où l'importance de s'employer à avoir la capacité de développer un projet politique, concrétisé par une véritable PESD et une réelle politique industrielle européenne en matière d'armement, et ce non par volonté de puissance hégémonique, mais pour exister politiquement. Pour ce faire, une très forte volonté politique est nécessaire. Les parlements nationaux ont leur rôle à jouer dans ces initiatives. Il faudra aussi renforcer les relations avec la Russie dans le cadre de la PESD. Il faut par ailleurs se pencher sur les disparités économiques de la planète, car l'écart excessif entre pays riches et pays pauvres favorise la naissance du terrorisme. Le terrorisme prend racine dans l'affaiblissement des Etats et les trop grandes inégalités de développement. Ce n'est pas un seul Etat, même superpuissant, qui peut résoudre militairement à lui seul tous ces problèmes ! M. Yañez Barnuevo (Espagne) souhaiterait que des points de vue différents soient présentés au cours du colloque. Il s'étonne de l'absence de contre-arguments. L'attitude des Etats-Unis est d'autant plus condamnable que les décisions ont été prises sans tenir compte de l'opinion publique, hostile à cette stratégie de puissance dominatrice. Il faut bien sûr couper les liens entre les armes de l'Irak et le terrorisme, mais il y a d'autres moyens d'y parvenir. Pour M. Gubert (Italie), on pourrait croire que cette politique américaine garantit mieux la sécurité générale, mais la répression ne suffit pas à faire disparaître les causes du terrorisme. Les causes continuent à exister. Par conséquent, il constate qu'en réaction à la menace terroriste, il convient avant tout d'éliminer les causes. Cette analyse de l'origine des menaces fait défaut aux Etats-Unis. En ce qui concerne l'idée de « cause juste », il convient de souligner que la légitimité de la menace devrait aussi faire l'objet d'une évaluation internationale. Il souligne enfin que l'usage de la force est l'instrument le « moins économique » pour obtenir de l'autre un comportement correspondant à nos souhaits, tant dans les relations individuelles qu'entre les Etats. Mme Durrieu (France) met en avant la continuité de la politique des Etats-Unis. On avait déjà vu le nouveau concept stratégique de l'OTAN se mettre en place en 1999, il ne faut donc pas s'étonner si on en subit aujourd'hui les effets. Dès le sommet de l'OTAN en 1999, alors que M. Clinton était Président, le nouveau concept stratégique de l'Alliance omettait de poser clairement comme condition nécessaire à une action de l'Alliance l'existence d'un mandat des Nations unies. On exprimait également la possibilité d'une action « hors zone » de l'Alliance atlantique et on élargissait les domaines d'action de l'Alliance aux domaines non militaires. Même si la guerre est « foudroyante », elle sera avant tout le triomphe de la force, du pouvoir et de l'unilatéralisme sur le droit et le consensus. Le Président Bush exprime une conception du « bien » de type ultra-chrétien. En lutte contre l'intégrisme musulman, il se sent investi d'une « mission ». Mme Durrieu reste optismiste malgré tout, car l'opinion publique, notamment en Europe, devance souvent ses responsables politiques pour la défense de l'ordre international. L'attitude des anciens pays du bloc soviétique ne doit pas nous surprendre car leur histoire explique qu'ils aient quelque peine à résister aux Etats-Unis : c'est à nous de démontrer la force et l'attrait d'une Europe autonome. Mme Durrieu se pose enfin la question de l'avenir du rôle de l'Europe dans un système d'alliance unipolaire. M. Guardans I Cambó (Espagne) estime qu'il n'y a pas tant de divergences d'opinions, même en Amérique, car les décisions prises aujourd'hui le sont par un parti politique et ne reflètent pas la totalité des convictions. On peut ainsi espérer un changement dans la politique américaine. Les divergences ne vont donc pas nécessairement s'approfondir. Il est cependant certain que, pour l'heure, la perception de la menace n'est pas identique des deux côtés de l'Atlantique. Il est indéniable que les Etats-Unis ont subi un traumatisme. Mais cette manifestation de puissance va finir par pousser encore plus les pays fautifs à s'armer pour y faire face, à l'inverse du but recherché. Pour M. Manzella (Italie), la doctrine de l'unilatéralisme débouche sur une guerre et montre ainsi sa faillite. En revanche, l'ONU a trouvé un nouvel élan, soutenu par l'opinion publique mondiale qui invoque une autorité supranationale comme gardien de la paix. Les Etats-Unis ont sous-évalué le rôle de l'ONU en omettant la réaction de contre-pouvoir supranational exercé par les citoyens du monde. Les temps ont changé ; il faut mettre en place de nouvelles institutions adaptées en formulant de nouveaux concepts juridiques. Il est plus que jamais nécessaire de créer le cadre politique institutionnel d'une défense européenne redéfinie, en partenariat transatlantique. C'est notamment un des chantiers de la Convention sur l'avenir de l'Europe. L'Europe doit notamment articuler sa politique avec crédibilité, en mettant en place un pacte de convergence dans le cadre de la PESD. M. Mercan (Turquie, membre associé) appelle l'attention sur les conséquences de l'action militaire américaine en Irak : elle entraînera un afflux de réfugiés massés dans des camps, ce qui engendrera la rancune et encouragera le terrorisme. La transformation de la lutte politique en guerre de religion est un autre facteur de radicalisme qui concourt au développement du terrorisme. Enfin, il est illusoire de vouloir exporter les principes démocratiques dans des pays qui ont une toute autre mentalité. Ils ne s'appliquent pas simplement et l'Etat de droit n'existe pas partout. M. Mercan note aussi l'effort prôné dans la nouvelle stratégie de sécurité américaine en vue d'éviter les guerres civiles et les conflits régionaux, susceptibles de favoriser le fondamentalisme. Il souligne qu'il ne doit pas être question de réduire la lutte anti-terroriste à une lutte des chrétiens contre les musulmans. M. Selva (Italie) constate que les Américains ont libéré l'Europe de la dictature fasciste et nazie par les armes : c'était une guerre juste qu'on ne peut oublier. Mais on ne peut absolument pas faire de parallèle avec l'invasion de la Tchécoslovaquie. Les Etats-Unis ont travaillé longtemps avec l'ONU ; tout le monde a patiemment négocié en pure perte avec Saddam Hussein. La Résolution 1441 est déjà significative ; le Pape a lui-même reconnu que la guerre est le dernier choix possible, à la fin du processus. Pour beaucoup, ce moment est arrivé. Pour d'autres, il fallait encore attendre. Mais tout le monde est d'accord que le recours à la force était prévu à l'ONU. Il n'y a donc pas de divergence sur le fond comme on voudrait le faire croire. Il est appréciable que certains pays s'impliquent en première ligne pour combattre le terrorisme et l'intolérance. Il est indispensable de rétablir les valeurs de la démocratie et de la justice - tout le monde est d'accord sur ce point. M. Loncle (France) insiste sur le fait que dans l'Europe d'aujourd'hui comme de demain, aucun pays ne peut recevoir de leçon de liberté. Les Etats-Unis sont fiers de « conduire » leur importante « mission ». Cela implique-t-il que les autres pays doivent « suivre » ? Quelle est la nature de la mission ? Les Etats-Unis n'ont pas suffisamment évalué les risques de déstabilisation dans la région du Moyen-Orient. Ont-ils vraiment pesé les risques de recrudescence du terrorisme et la valeur de « précédent » que pourrait revêtir un acte unilatéral pour d'autres pays dans le monde ? Leurs buts de guerre ne sont pas énoncés avec suffisamment de clarté. Ils en ont invoqué plusieurs successivement. De plus, ces objectifs ont été trop peu discutés au sein du Conseil de sécurité. Par ailleurs, la relation entre la grande Europe et les Etats-Unis doit être reconsidérée. Cette relation doit être conduite en vertu du principe de la « concertation ». L'Europe a autant besoin des Etats-Unis que les Etats-Unis ont besoin de l'Europe. M. Wilkinson (Royaume-Uni) rappelle l'importance de la lutte contre le terrorisme et son récent rapport sur cette question adopté en juin 20023. Il faut donner la priorité au droit, à la diplomatie et aux mesures concertées. Il peut témoigner de l'horreur des actes terroristes et de la souffrance qu'ils engendrent, ayant eu à accueillir des cercueils sur le sol national à la suite de la tragédie de Bali. Au cours des douze dernières années, les Européens ont travaillé main dans la main avec les Américains lors de la guerre du Golfe puis en Afghanistan. Dans les Balkans, l'intervention des Etats-Unis a permis de mettre fin aux opérations d'épuration éthnique. Il ne faut pas oublier la patience dont fait preuve la communauté internationale vis-a-vis de l'Irak depuis douze ans. Si on résoud le problème de l'Irak, on pourra ensuite s'attacher à résoudre d'autres problèmes internationaux, tels que les tensions au Cachemire ou le conflit israélo-palestinien. Au lieu de critiquer les Etats-Unis, les Européens feraient mieux de renforcer leurs capacités militaires afin d'être des partenaires crédibles en termes opérationnels. M. Salles (France) conteste la notion d'« anti-Américains » ou de « pro-Américains ». Il y a simplement des « Américains » et des « Européens » qui sont amis. On peut avoir des interprétations différentes et des désaccords, mais cela ne signifie pas que nous sommes ennemis. Au contraire, entre de vrais amis, cela est normal. Sur l'action en Irak, le problème de fond est celui de la légitimité de l'action militaire dans ce pays. Sur ce point, la France et bon nombre d'autres pays européens ont pris des positions contraires à ce que souhaitent les Etats-Unis. Les Etats-Unis ne sont pas condamnables. Ils sont la seule superpuissance puisque l'Europe est incapable de s'organiser politiquement et risque de dériver vers une zone de libre-échange sans dessein politique. L'attitude des Etats-Unis nous renvoie donc à nos propres faiblesses. Il faut, dès lors, travailler à renforcer le poids politique de l'Europe. M. Barbieri (Italie) reproche à M. de Puig de ne pas être « convaincu » par les principes énoncés dans la stratégie américaine. Il s'interroge sur l'inaction de la communauté internationale dans la crise du Congo. Selon lui, les Etats-Unis comblent souvent les carences des Européens. M. Rivolta (Italie) voit dans le sommet des Açores le moment où un ultimatum sera lancé au Conseil de sécurité des Nations unies, suite au retrait formel de la proposition de deuxième résolution. Un retrait possible des troupes présentes, issues de la coalition de volontaires rassemblée par les Etats-Unis, semble irréaliste. Quelle est dès lors l'issue proposée par les orateurs ? M. Branger (France) rappelle que les Européens sont les amis des Américains mais qu'ils ont une approche différente concernant l'Irak. Pourquoi diriger la guerre contre l'Irak plutôt que l'Iran ou la Corée du Nord par exemple, qui réactive son réacteur nucléaire en vue de fabriquer une bombe atomique ? Une grande vigilance est nécessaire à l'égard du régime de Saddam Hussein, mais pourquoi s'attaquer à ce régime non démocratique alors que tant d'autres régimes dans le monde mériteraient aussi des réformes pour y instaurer la démocratie ? Il faut permettre aux inspecteurs de continuer leur travail et ainsi éviter la guerre dans cette région. Si une décision unilatérale de recours à la force devait être prise, il faudrait au moins trouver une solution diplomatique multilatérale pour l'après-Saddam. On ignore encore ce qui se passera après la guerre. M. Blaauw informe les participants que le Président Bush adressera ce soir un message d'ultimatum à Saddam Hussein, qui aura 48 heures pour se décider à quitter le pouvoir. Par ailleurs, le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a demandé aux inspecteurs de se retirer. M. Loukine réagit en estimant qu'un ultimatum à Saddam Hussein vaut mieux qu'un ultimatum au Conseil de sécurité des Nations unies. Il ne pense pas possible le retrait des troupes amassées sur place. Elles interviendront « puisqu'elles sont là », ce qui ne relève pas du bon sens mais est la réalité. Il rappelle que la Russie avait demandé de façon informelle aux Nations unies de soutenir une intervention en Georgie à Pankisi pour des raisons d'autodéfense, mais après s'être heurtée à un refus des Nations unies qui n'estimaient pas les arguments russes assez fondés, elle s'était pliée à la décision de cette instance. La Russie s'est donc rangée à l'avis des Nations unies, dans le respect du droit international. L'enjeu est celui de l'organisation du monde à venir. Doit-on faire allégeance aux Etats-Unis ou pas ? Il faudra de plus en plus compter avec l'émergence d'une Europe « puissance ». Tous les pays sont pour le désarmement de l'Irak en vertu de la Résolution 1441 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il convenait donc d'agir ensemble contre l'Irak sous une forme convenue. Mais, par aveuglement, les Etats-Unis ont « privatisé » la lutte contre le terrorisme. M. Eland souligne qu'il existe une continuité dans la perception de la menace entre l'administration du Président Bush père, celle du Président Clinton et celle du Président Bush fils. Il en va de même pour l'objectif d'hégémonie mondiale. D'autres pays que l'Irak sont en possession d'armes de destruction massive (Syrie, Libye, Inde et Pakistan, Chine, etc.). Il faudrait lutter contre le terrorisme tous ensemble. La stratégie du Président Bush va générer encore plus de terrorisme. D'autres groupes auront intérêt à imiter Al Qaida. Il faudrait être très agressif contre Al Qaida et les autres organisations terroristes. Le succès de l'opération en Irak n'est pas garanti. L'Amérique pourrait y perdre la face. Elle aura peut-être à se retirer en reconnaissant ses pertes. Cela vaut mieux que de persévérer en vain. Les conséquences de la guerre sont encore imprévisibles. M. Blaauw conclut en constatant que les événements récents justifient d'autant plus l'existence d'une Assemblée interparlementaire européenne de sécurité et de défense, en vue de discuter de positions communes avant que les crises ne se développent.
|
DEUXIÈME SESSION
|
Mardi 18 mars 2003 Les conséquences pour l'OTAN et la coopération transatlantique M. Wilkinson (président de la Commission de défense) présente les orateurs. Son Excellence M. Miller, Ambassadeur des Etats-Unis en Grèce, a été précédemment ambassadeur de son pays en Bosnie-Herzégovine. Il a aussi été impliqué dans les négociations sur l'avenir de Chypre. Diplomate expérimenté, sa présence est particulièrement appréciée à l'heure critique où les Etats-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays alliés risquent d'entrer en guerre contre l'Irak. M. Palombo, Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, ancien Général des Carabinieri, est bien connu pour ses solides travaux au sein du Sénat italien. L'Assemblée de l'UEO entretient d'étroites relations très fructueuses avec l'Assemblée parlementaire de l'OTAN. M. Hopkinson est un grand expert du désarmement. Il est actuellement Associate Fellow au Royal Institute for International Affairs et au Royal United Services Institute for Defence Studies au Royaume-Uni. Son Excellence M. Thomas J. Miller (Ambassadeur des Etats-Unis en Grèce) souligne que le sommet de Prague de l'Alliance représente un changement important de l'OTAN pour le nouveau siècle. L'Alliance doit évoluer pour faire face aux nouvelles menaces. Aujourd'hui, l'Europe vit en paix et les menaces proviennent des Etats instables et du terrorisme international, ainsi que des armes de destruction massive. Comme l'a dit le Secrétaire général de l'OTAN, Lord Robertson, « la géographie n'est plus un bouclier ». Les populations civiles sont également visées. Il n'existe plus de combat théorique entre ceux qui sont « dedans » et ceux qui sont « dehors ». L'OTAN doit pouvoir intervenir en dehors des frontières de ses Etats membres à chaque fois que la sécurité des populations l'exige. Pour affronter le terrorisme mondial, l'Alliance doit être plus souple et adaptée et développer des relations avec d'autres pays concernés comme la Russie et l'Ukraine, les pays du Caucase et de l'Asie centrale. Les Etats-Unis, pour leur part, ont décidé d'augmenter leur budget de la défense (qui représente 3,5 % de leur PIB) et espèrent que les alliés feront aussi des efforts dans ce sens (pour atteindre au moins les 2 % du PIB). L'Europe doit participer davantage à l'effort commun, tant sur le plan budgétaire qu'en poursuivant la réforme des forces armées. Elle doit rattraper son retard en matière de capacités. En contrepartie, les Etats-Unis doivent ouvrir plus leurs marchés. De son côté, l'OTAN a décidé de rénover ses structures de commandement et de mettre sur pied une force de réaction de 20 000 soldats pouvant être déployée dans un délai de 7 à 13 jours, qui sera complémentaire de la force d'intervention de l'Union européenne qui, quant à elle, aura la responsabilité des missions de Petersberg. Il existe des divergences entre alliés sur le traitement à appliquer en vue de lutter contre la prolifération des armes de destruction massive. Sur la question irakienne, les avis divergent mais les faits sont connus : violations répétées des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, poursuite illégale de programmes d'armes de destruction massive, notamment d'armes biologiques, violations des droits de l'homme et soutien au terrorisme international. La Résolution 1441 du Conseil de sécurité, votée à l'unanimité, établit la responsabilité des autorités irakiennes. Le désarmement doit être complet, comme ce fut le cas en Afrique du Sud et en Ukraine à la fin de la guerre froide. Il est nécessaire de contrer la menace et la direction irakienne doit prendre ses responsabilités politiques. Un ultimatum a été lancé au régime irakien. Les Etats-Unis n'ont pas le choix. La force est la seule solution. L'objectif des Nations unies sera realisé. L'Irak sera désarmé. La question n'est plus le nombre des inspecteurs et le temps qu'il convient de leur donner pour accomplir leur mission. La question se pose désormais en d'autres termes. Saddam Hussein est mis au pied du mur. Il existe encore un créneau alternatif à la guerre mais il est très étroit. Sur le recours à la force, qui est nécessaire, il est clair que le niveau d'acceptation de la menace n'est plus le même aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre. On ne peut pas attendre que l'Irak soit en mesure de menacer réellement les Etats-Unis pour agir. Il n'y a pas d'unité de vues, mais Américains et Européens poursuivent le même objectif : le désarmement de l'Irak. Il y a des Etats européens qui soutiennent les Etats-Unis et la manière forte (notamment l'Italie, l'Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Danemark) et d'autres membres de la communauté internationale qui souhaitent poursuivre dans la voie du désarmement pacifique. Mais il faut une coopération entre tous pour préparer la période d'après-guerre et pour continuer à combattre le terrorisme international et la menace des armes de destruction massive. L'important est de penser à ce qui suivra, avec l'espoir d'oeuvrer ensemble pour relever les défis et combattre les menaces futures. M. Wilkinson souligne l'importance de la transformation de l'Alliance atlantique. Il constate que la Pologne, par exemple, a envoyé des troupes sur le théâtre des hostilités. Il est également satisfait de l'objectif de complémentarité proposé pour ce qui concerne la force de réaction de l'OTAN et la force d'action européenne. L'Ambassadeur Miller présente ses excuses pour l'omission involontaire, faite dans son intervention, concernant la participation des pays d'Europe centrale et orientale à la coalition contre l'Irak. La liste des pays qu'il a cités précédemment n'était évidemment pas exhaustive. M. Mario Palombo (Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN) regrette que le sujet principal soit devenu aujourd'hui la division des Européens, alors qu'après le 11 septembre, lorsque l'OTAN avait invoqué l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord, tous les pays européens avaient exprimé leur totale solidarité avec les Etats-Unis. Deux ans plus tard, les désaccords sont profonds. Cela signifie-t-il que l'on ne veut plus participer ensemble à la lutte contre le terrorisme et contre la menace des armes de destruction massive ? La réalité est bien plus complexe que ce que pourraient nous faire penser les titres des journaux. La division transatlantique et intra-européenne sur la question irakienne s'ajoute à d'autres divisions qui préexistaient entre les Etats-Unis et l'Europe, dans des domaines tels que le commerce international, la protection de l'environnement, la peine de mort, le rôle des institutions internationales, etc. Par ailleurs, l'écart entre les Etats-Unis et les autres pays en matière de capacités militaires permet aux Etats-Unis, s'ils le souhaitent, de se passer d'alliés pour les opérations militaires qu'ils voudraient mener. D'où l'importance des décisions prises au sommet de Prague, pour renforcer les capacités militaires des alliés et ouvrir la voie à la survie à l'OTAN en tant qu'alliance militaire composée de plusieurs partenaires capables d'agir ensemble. Il a donc été décidé de créer une force de réaction de l'OTAN, de réformer les structures de commandement de l'Alliance et de lancer l'Engagement capacitaire de Prague. La lutte contre le terrorisme et les armes de destruction massive est également prioritaire. Un plan d'action de partenariat contre le terrorisme a été adopté et un renforcement du dialogue méditerranéen a été prévu. On comprend l'intérêt des alliés européens à rester membres actifs de l'Alliance atlantique, qui a prouvé son efficacité et sa pérennité au travers de tant de crises passées. M. Palombo souligne que les mesures de coopération adoptées en Europe pour la lutte contre le terrorisme sont importantes, surtout en ce qui concerne la coopération judiciaire, le renseignement et l'action des forces de police. L'UE prévoit de coopérer avec les Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme. Mais tout cela risque de passer inaperçu auprès de l'opinion publique, dont l'attention est monopolisée par le conflit en Irak. Il faut comprendre que les Américains, depuis le 11 septembre, considèrent que leur pays est en guerre, mais dans un contexte atypique dans lequel les adversaires peuvent opérer à partir de pays incapables de les en empêcher, ou pire, consentants. Dans ce contexte, la réaction ne peut pas être retardée ou passive. Le point critique est l'éventualité d'une action militaire sans légitimation des Nations unies. La nouvelle doctrine américaine d'intervention préventive a créé une division dans l'opinion européenne et il est apparu impossible de parvenir à un consensus. Le droit international a toujours permis aux Etats de se défendre contre une menace d'attaque imminente. Mais, à present, les Etats-Unis déclarent vouloir utiliser l'option militaire à tire préventif pour anticiper une action hostile bien que l'incertitude demeure sur le moment et le lieu de l'attaque ennemie. Il y a évidemment des difficultés politiques entre les alliés, mais on constate qu'il existe toujours, notamment au sein de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, une forte volonté de dialogue et d'unité transatlantiques. La crise récente au sein de l'OTAN sur le plan de protection de la Turquie en est un exemple. Une solution positive a finalement été trouvée au sein de l'Alliance. Une position commune a été adoptée grâce au dialogue. Cela témoigne de la vitalité du lien transatlantique. Par ailleurs, l'Europe a le droit de mettre en avant ses positions politiques et ses valeurs au sein de la communauté internationale. Elle a aussi le devoir d'être plus crédible sur le plan militaire, d'augmenter ses efforts pour la défense, de prendre des mesures pour accroître l'interopérabilité des forces des différents pays européens et de combler l'écart technologique qui la sépare des Etats-Unis. Nos amis américains ont l'esprit pratique et seraient heureux de voir l'Europe tenir ses engagements dans les faits. L'Europe revendique souvent un rôle international sans se doter concrètement des moyens nécessaires. On a entendu beaucoup trop de discours abstraits et de déclarations énonçant des grands principes, mais on a fait peu de choses pour accroître les capacités militaires européennes. A la fin de ce conflit, il faudra tirer des leçons des erreurs et lacunes de part et d'autre pour promouvoir une vraie collaboration transatlantique, afin de trouver des solutions favorisant la paix et le progrès, conformément aux objectifs de l'Alliance. Les Etats-Unis et l'Europe continueront à entretenir des divergences dans bien des domaines, mais les questions qui les unissent sont plus nombreuses que celles qui les séparent. M. William Hopkinson (Associate Fellow, Royal Institute for International Affairs and Royal United Services Institute for Defence Studies, Royaume-Uni) s'exprime sur les conséquences de la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis pour l'OTAN et la coopération transatlantique. Ces conséquences seront, en un sens, limitées. L'OTAN est d'ores et déjà moribonde. La nouvelle stratégie des Etats-Unis hâtera probablement le processus, tant militairement que politiquement. Politiquement en raison de l'unilatéralisme, et des dissensions récemment apparues. Militairement aussi, car nul ne pourra être opérationnel face à un appareil militaire américain doté d'équipements modernisés, qui ne souhaitera pas être entravé par l'Alliance. En ce qui concerne la question plus limitée de la lutte contre le terrorisme, premièrement l'OTAN ne dispose pas des bons outils et n'a pas un grand rôle à y jouer. Deuxièmement, les Etats-Unis ont leur propre programme, leurs vues propres sur la tactique à suivre, et il est peu probable qu'ils soient en phase avec leurs alliés à cet égard. La coopération transatlantique dans ce domaine se déroulera vraisemblablement en grande partie hors de l'OTAN. L'essentiel n'est pas tant ce que disent les documents tels que la nouvelle stratégie mais les actions qu'ils soutiennent. Le point de vue des Etats-Unis diffère de celui de presque tous leurs alliés sur le juste recours à la force (jus ad bellum) et dans une certaine mesure sur la manière de conduire la guerre (jus in bello). La plupart des alliés de l'OTAN ne font pas de lien entre l'Irak et Al Qaida (au moins en tant qu'Etat soutenant le groupe terroriste). Ils ne pensent pas que les armes de destruction massive irakiennes puissent constituer vraiment une menace immédiate pour l'Occident et ne voient rien, dans la Charte des Nations unies, qui justifie le recours à la force à ce stade. Selon eux, pour que ce recours soit légitime, il doit être autorisé par les Nations unies. Il n'y a pas de véritable débat au sein de l'Alliance sur des questions telles que la situation en Irak ou en Afghanistan. Selon, M. Hopkinson, les Etats-Unis n'ont besoin de l'OTAN ni sur le plan politique, ni sur le plan militaire. Son utilité pour les autres grands alliés est indirecte : elle fournit des normes communes pour les coalitions, l'UE, etc. Les échanges de ces trois derniers mois donnent une image bien sombre : ils ont mis en évidence le déclin de l'OTAN, brisé les espoirs de l'UE en matière de politique étrangère, porté un coup sévère aux Nations unies. Mais la responsabilité n'incombe pas uniquement aux Etats-Unis : MM. Chirac et Blair doivent en assumer une large part, de même que, pour des raisons différentes, M. Schröder. La nouvelle stratégie Ces réserves faites, force est d'admettre que les Etats-Unis sont mus par leur unilatéralisme, leur détermination à faire certaines choses à leur façon, sans tenir compte du droit international, des Nations unies, etc. En dehors du domaine militaire, la coopération transatlantique est essentielle dans le secteur économique, dans la lutte contre le terrorisme, le crime et les trafics en tous genres. Les Etats-Unis ont besoin de l'Europe pour ce faire. Ils auront besoin d'elle également pour reconstruire certaines parties du monde après être y intervenus. La nouvelle stratégie présente la vision globale d'une Amérique de l'après-guerre froide qui affiche ses ambitions planétaires de perpétuer sa suprématie militaire et qui fait état de sa volonté de recourir à la force pour remodeler l'ordre international. Elle propose un « internationalisme typiquement américain ». Elle démontre que le renversement du dictateur irakien n'est que la première étape d'un projet colossal, poursuivi sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme », certains de ses partisans ayant pour ultime objectif de refaire le monde à l'image des Etats-Unis, d'autres visant à éradiquer tout ce qui peut menacer ou entraver les intérêts des Etats-Unis. Qui sera visé après l'Irak ? L'Iran ? La Corée du Nord ? L'administration Bush ne considère plus la force comme le dernier recours, mais estime que la puissance militaire est l'outil le plus efficace dont dispose l'Amérique pour conduire les affaires de la nation - et le domaine dans lequel les Etats-Unis détiennent le plus grand avantage. La nouvelle stratégie de sécurité, faisant écho au discours prononcé par le Président à West Point le 1er juin 2002, se fixe trois tâches : « nous défendrons la paix en combattant les terroristes et les tyrans. Nous préserverons la paix en établissant de bonnes relations entre les grandes puissances. Nous étendrons son rayon d'action en encourageant la création de sociétés libres et ouvertes sur tous les continents ». Il n'y a rien d'alarmant dans ces propos, mais les actes en disent plus long que les paroles. Le Président Bush veut étendre les capacités américaines de projection de puissance à l'échelle planétaire. Consacrant déjà presque autant à la défense que le reste du monde, les Etats-Unis vont dépenser encore beaucoup plus pour obtenir une marge de supériorité encore jamais atteinte, telle qu'aucun adversaire potentiel ne songera jamais à les défier à l'avenir. La nouvelle stratégie cherche ainsi à garantir à tout jamais aux Etats-Unis leur statut d'unique superpuissance. Il n'y aura plus à s'inquiéter comme par le passé des volontés conflictuelles des grandes puissances puisque, à l'avenir, une seule puissance donnera le ton. La lettre de transmission de la SSN parle de créer un équilibre des pouvoirs de nature à favoriser la liberté humaine en renonçant à tout avantage unilateral. Le texte même de la Stratégie dit clairement que « nos forces seront suffisamment puissantes pour dissuader tout adversaire d'accroître son potentiel militaire dans l'espoir de surpasser ou d'égaler la puissance des Etats-Unis. » Le discours de West Point le dit sans détours : « l'Amérique a des moyens militaires qui ne sauraient être mis au défi, qu'elle a bien l'intention de conserver ». Le Président a donc fini par approuver la recommandation controversée de Paul Wolfowitz allant dans ce sens, qui a été présentée dans un projet d'« orientation pour les plans de défense » en 1992 et divulguée par la presse avant d'être désavouée par la première administration Bush. L'OTAN ne fait pas partie de cette stratégie, pas plus que la relation transatlantique, à quelque degré que ce soit. Quelle est donc l'utilité de l'OTAN pour les Etats-Unis puisque leur propre sécurité ne dépend pas d'elle ? Son rôle est assurément de contrôler les politiques étrangères et de défense européennes, c'est-à-dire de garantir l'influence des Etats-Unis. Ce qui surprend davantage, c'est que les instruments les plus utiles pour combattre le terrorisme n'apparaissent pas très clairement dans la stratégie. Qu'en est-il de l'Irak ? Il est espéré que le renversement de Saddam Hussein conclura la tâche laissée inachevée par la guerre du Golfe ; que toutes les armes de destruction massive que Saddam Hussein est susceptible d'avoir accumulées dans ce pays depuis lors seront détruites ; qu'il marquera la fin du soutien apporté par ce pays aux terroristes ailleurs, notamment contre Israël ; qu'il libérera le peuple irakien. En principe, cela devrait également permettre d'assurer un large approvisionnement en pétrole bon marché. Mais il y a un aspect plus fondamental : on peut espérer que cela amorcera un processus susceptible de saper et, à terme, d'éliminer les régimes réactionnaires présents dans d'autres parties du Proche-Orient, faisant ainsi disparaître le plus gros foyer du terrorisme. L'assaut contre l'Irak vise donc à transformer l'ensemble du Proche-Orient musulman, à l'amener dans le monde moderne. Rien d'aussi audacieux ou renversant n'avait été réalisé depuis que les Américains avaient entrepris de démocratiser l'Allemagne et le Japon. Les circonstances étaient alors très différentes. Les Etats-Unis peuvent-ils mener à bien cette transformation sans le concours de l'Europe ? cela semble douteux. Doivent-ils le faire sans participation des Nations unies ? cela paraît très contestable. Le Président Bush a déclaré également devant les Nations unies, le 12 septembre 2002, que les Etats-Unis sauveraient la raison d'être de l'organisation, irrémédiablement compromise si l'on continue de bafouer ses résolutions. Toutefois, son raisonnement ne tient guère si, pour renverser Saddam, il faut fouler aux pieds la Charte et les règles des Nations unies. Et cela est malvenu de la part d'un Etat qui, plus que tout autre à l'exception d'Israël lui-même, a fait fi des Nations unies à propos de la question palestinienne. Les incidences Le nouveau monde bâti sur la primauté et l'action unilatérale agressive des Etats-Unis a commencé avec les atrocités commises par les terroristes le 11 septembre 2001 et la guerre en Afghanistan. Mais de ces événements ponctuels, la guerre contre l'Irak va faire un tournant historique. La « seule superpuissance » au monde va éradiquer un régime méprisable qui, néanmoins, ne constitue pas une menace immédiate. Elle le fera sans tenir compte des opinions des voisins de l'Irak, de la plupart de ses propres alliés, ou des autres puissances mondiales de relative importance. Parmi celles-ci, seul le Royaume-Uni demeure loyal, ce qui met en danger l'avenir politique de son Premier ministre, Tony Blair. Depuis le 11 septembre 2001, l'administration des Etats-Unis a fait sienne une ancienne formule latine : « salus populi, suprema lex », ou le salut du peuple est la loi suprême. Ayant le devoir de protéger ses concitoyens, l'Etat n'est plus simplement habilité à prendre les mesures nécessaires, il y est obligé. Plus l'Etat est puissant, plus il est à même de le faire - et plus il y est tenu. Le débat au sein de l'administration tourne entièrement autour de deux versions antagonistes de cette doctrine. Le premier camp estime qu'il est dans les capacités de l'Amérique - et dans son intérêt - de reconstruire ses ennemis. Il s'agit d'une forme contemporaine de l'impérialisme libéral du XIXe siècle. Le second camp pense qu'il est dans les capacités de l'Amérique - et dans son intérêt - de se contenter d'anéantir ses ennemis. C'est une forme contemporaine du nationalisme du XIXe siècle. Aucune des deux options ne peut vraiment convenir au chef d'une Alliance durable qui se considère comme une communauté de valeurs. Après la conquête de l'Irak, les Etats-Unis devront faire face à la reconstruction d'un pays fracturé, dans une région affaiblie et en proie au ressentiment. Etant donné la position clé occupée par l'Irak au Moyen-Orient, ils seront confrontés également à la tâche encore plus difficile de rebâtir cette région. En cas d'échec, le risque serait qu'ils l'abandonnent dans un climat d'hostilité exacerbé. L'OTAN n'aura pas un grand rôle à jouer à cet égard, bien qu'elle puisse assumer des fonctions de type maintien de la paix. Les Européens voudront peut-être y contribuer, et il est possible que les Etats-Unis se tournent vers eux pour certaines contributions. Mais il est peu vraisemblable qu'ils participent aux décisions. Reconstruire le Moyen-Orient n'est pas une aventure dont les Etats-Unis voudront partager le leadership avec d'autres. Ils excluent déjà, autant qu'ils le peuvent, les autres pôles d'influence de la région, comme en témoignent le conflit israélo-palestinien et la fameuse feuille de route. L'alliance entre la France, la Russie et la Chine au sein du Conseil de sécurité des Nations unies n'a rien de surprenant. Mais la puissance des Etats-Unis est telle que cette coalition demeurera fragile dans un avenir prévisible. Une coalition jouant un rôle de contrepoids ne pourra devenir une force que si l'Europe s'unit ou que, le moment venu, la Chine poursuive sa croissance économique et se tourne davantage vers l'extérieur. Paradoxalement, l'unité européenne pourrait être plus étroite que beaucoup le supposeraient. Il est clair que le Royaume-Uni n'est plus une passerelle entre les Etats-Unis et l'Europe, mais qu'il est pour l'instant ancré aux Etats-Unis. Si cette décision se révélait désastreuse, le Royaume-Uni n'aurait qu'à modifier sa politique traditionnelle d'alignement sur les Etats-Unis. Si l'élite britannique décidait que la sécurité implique désormais de s'abstenir de toute domination excessive, la capacité de l'Europe de poursuivre une politique indépendante en serait considérablement renforcée. La quête de la sécurité absolue rend celle des autres totalement incertaine. Tout pays considéré comme une menace véritable ou potentielle par les Etats-Unis doit, dans la logique américaine, faire en sorte de garantir sa sécurité en se procurant des armes de destruction massive. La politique de l'action préventive risque plutôt d'accélérer cette tendance que de la freiner : Saddam Hussein doit être anéanti ; Kim Jong-il ne semble pas menacé. Les proliférateurs en puissance ne manqueront pas d'en tirer la leçon. « Qu'importe qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent » est la vieille maxime que les Etats-Unis appliquent à leurs ennemis. Mais la haine et l'humiliation engendrent le terrorisme. Les Etats-Unis n'ont pas plus de chances d'écraser le terrorisme par des moyens militaires qu'Ariel Sharon d'atteindre le même but pour Israël. Pour terminer, l'ordre économique mondial repose sur la coopération, essentiellement en matière de commerce international. Les Etats-Unis ne pourront à eux seuls faire régner la prospérité à l'échelle mondiale. Ils ne peuvent non plus attendre des autres qu'ils obéissent aux règles qu'eux-mêmes refusent de suivre. Car ils sont liés ici par la notion de droit international. Mais combien de temps un pays habitué à être à la fois juge et partie sans être mis en question acceptera-t-il les jugements des autres dans ses affaires économiques ? La coopération transatlantique entre dans le cadre d'une nécessité plus vaste, celle du système international et des Nations unies. Ignorer que cette organisation a pour fonction de dire le droit est condamnable. Présumer que la Charte des Nations unies n'a pas modifié le rôle de la force dans les affaires internationales est pire encore. Ignorer la lettre de la Charte et considérer l'imposition éventuelle d'un veto dont on ne veut pas comme un acte irresponsable est en soi complètement irresponsable. Les exemples comptent ; surtout lorsqu'ils viennent des plus grands. Le peuple américain doit se demander si c'est vraiment dans ce monde qu'il veut vivre. Retourner à 1914 - un monde certes excellent à de nombreux égards, mais combien dangereux du fait notamment que les questions militaro-techniques dictaient la conduite à suivre et que la politique était laissée de côté au profit de jugements militaires déformés sur ce qu'il « fallait » faire, avec des résultats dont nous ne nous remettrons jamais. Débat M. Masseret (France) explique que l'interprétation selon laquelle les pays qui ont voté pour la Résolution 1441 ont voté pour l'engagement militaire, est contestable et fausse. Ils ont voté pour le désarmement. Il est vrai que Saddam Hussein ne coopère pas, mais les risques d'une intervention armée sont supérieurs aux avantages qui pourraient en résulter. Le désarmement continue à progresser malgré le manque de coopération totale du régime irakien. En outre, le lien entre l'Irak et le terrorisme n'est pas prouvé. Le choc du 11 septembre est compréhensible mais l'analyse des causes profondes des attentats n'a pas été menée à bien par l'administration américaine. Il faut agir contre les organisations terroristes mais aussi contre l'injustice et la pauvreté. Nous connaissons tous les faiblesses des actions entreprises par des organisations telles que le G8, la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. Quant aux Etats « instables », qui les définit ? L'OTAN doit agir chaque fois que la sécurité d'un pays allié l'exige. Entend-on faire évoluer cette structure défensive pour qu'elle agisse aussi dans le cadre de guerres préventives ? Auquel cas, qui déciderait du bien-fondé de ces actions préventives ? En matière de terrorisme, qui définit la menace ? Il faut agir de part et d'autre de l'Atlantique dans un esprit de loyauté, d'équilibre et de multilatéralisme. Les débats actuels jettent le trouble par le manque de respect mutuel dont ils sont empreints. L'Europe doit exister de façon autonome d'un point de vue politique, en complémentarité avec les Etats-Unis. Des différences doivent être possibles dans l'expression des vues et des intérêts vitaux. M. Rauber (Allemagne) constate que les Etats-Unis sont particulièrement exposés aux attaques terroristes. Selon lui, le principal instigateur des actions terroristes n'est pas Saddam Hussein mais des organisations terroristes basées en Arabie saoudite. Saddam Hussein est un dictateur qui n'a pas hésité à utiliser des armes chimiques par le passé. Reste à savoir si les Etats-Unis et l'Europe seront à même d'exercer une pression suffisante pour le désarmer. L'administration américaine semble espérer que le statu quo sera modifié pour la région entière après la guerre. Mais on peut s'interroger sur une telle hypothèse. L'Amérique a-t-elle l'intention de transformer le régime irakien en régime exemplaire (comme elle l'avait voulu pour le Japon) ? Il faudrait que l'Europe soit plus présente dans le cadre de la PESD, avec pour porte-parole M. Solana. Dans l'avenir, il faudrait établir un système d'alerte précoce afin de prévenir les guerres. Après la guerre, les Etats-Unis devront forcément se rapprocher de l'Europe pour combattre la prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques, mais aussi pour lutter contre la pauvreté. M. Dubié (Belgique) considère la guerre contre l'Irak comme la première guerre « d'agression » du XXIe siècle. Il s'agit pour les Américains d'une « croisade pour le bien », contre l'« axe du mal » (Irak, Iran, Corée du Nord). Pour M. Dubié, cette guerre est synomyme de « loi de la jungle ». Le Pape Jean-Paul II l'a qualifiée cette guerre, d'action préventive stupide et criminelle. Parallèlement, les Etats-Unis soutiennent Israël qui viole systématiquement les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies depuis des années. D'autre part, les Etats-Unis consacrent 3,5 % de leur PIB à la défense contre 0,13 % à la coopération et au développement. Trente huit millions de personnes en Afrique sont menacées de mourir de faim, selon les évaluations du Directeur du Programme alimentaire mondial, qui réclamait un milliard de dollars qu'il n'a pas obtenu pour lutter contre la famine. L'attitude du gouvernement américain est hypocrite. Saddam Hussein est accusé d'être un tyran, mais lorsque celui-ci a utilisé massivement des gaz de combat contre l'Iran dès 1982, les Etats-Unis n'ont pas réagi. Au contraire, le 20 décembre 1983, Donald Rumsfeld se rendait en visite officielle à Bagdad et les relations diplomatiques étaient rétablies entre les deux pays en 1984. A la même période, la compagnie Union Carbide livrait au régime de Saddam Hussein des matériaux chimiques. La « vieille Europe » dont fait partie la Belgique, avec la France et l'Allemagne, défend le droit international et le dialogue. M. Salles (France) relève la grande unanimité de la France sur la question irakienne. Le consensus transcende les clivages politiques. La France est amie des Etats-Unis. Il s'agit d'une amitié ancienne et forte. Mais sur la question irakienne, l'appréciation des deux pays est différente. Le différend concerne tant le fond que la procédure. Sur le fond, la France pense que le conflit aurait pu être évité. Sur la procédure, c'est le Conseil de sécurité des Nations unies qui doit décider de la guerre, comme cela fut le cas pour l'Afghanistan. Les attentats de 2001 ont touché tous les pays. Le terrorisme est condamné par la France (qui elle-même a déjà été victime d'attentats terroristes sur son sol). Mais elle est contre des opérations punitives. Le déséquilibre entre les pays riches et les pays pauvres est le terreau du terrorisme. Il faut traiter les conséquences mais surtout les causes. M. Budin (Italie) se demande comment on pourrait défendre au mieux l'ordre international. Vaudrait-il mieux se baser sur des alliances stables (mais rigides) ou sur des coalitions occasionnelles concrètes (mais trop souvent liées à des intérêts passagers) ? L'Ambassadeur Miller rappelle que les Etats-Unis n'ignorent pas les causes du terrorisme et le contexte dans lequel il se développe : la misère, les dictatures, tout cela est bien pris en compte avec l'aide internationale qui s'élève, par exemple, pour la seule lutte contre le sida en Afrique, à 15 milliards de dollars. Mais les aides au développement ne devraient être fournies qu'aux pays disposés à prendre des mesures pour que les fonds servent vraiment au développement du pays et ne soient pas gaspillés. L'Ambassadeur reconnaît que la liste des « Etats instables » est très longue. En ce qui concerne la recherche d'une solution négociée au problème du désarmement irakien, il rappelle que, pendant des années, les Etats-Unis ont beaucoup travaillé dans le cadre de l'ONU : il y a eu plusieurs résolutions supplémentaires mais toute recherche de compromis s'est révélée inutile. On ne peut pas discuter à l'infini. La Résolution 1441, comme nombre de résolutions précédentes, évoquait la possibilité pour l'Irak de « conséquences graves » résultant des violations continues de ses obligations. Dès lors, le point de non-retour a été atteint. Le veto annoncé d'un pays a contraint d'autres pays du Conseil de sécurité à agir comme ils l'ont fait. Colin Powell a pourtant présenté des preuves au Conseil de sécurité. Certains les ont malheureusement estimées discutables. Si un petit nombre de personnes, dotées d'armes peu sophistiquées, ont pu faire tant de dégâts le 11 septembre, quel sera le sort de la planète avec tant d'armes de destruction massive entre les mains d'Etats irresponsables et d'organisations terroristes ? Avec cette guerre, le processus de paix au Proche-Orient pourrait être relancé et la situation de l'ensemble de la région pourrait radicalement changer. Selon l'Ambassadeur Miller, il faut certes s'attaquer aux racines du terrorisme, mais il rappelle néanmoins que les auteurs des attentats du 11 septembre étaient éduqués et ne provenaient pas des classes défavorisées. L'Ambassadeur Miller regrette qu'il ne soit pas possible de faire de la politique étrangère « après coup » en tenant compte des événements postérieurs. Il reconnaît que, par le passé, les Américains ont soutenu Saddam Hussein, car il s'avérait être le moindre mal face aux dictatures voisines. L'Iran était à l'époque la grande menace. De même, les Etats-Unis ont soutenu Ben Laden pour contrer l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Mais aujourd'hui, la donne a changé, par conséquent la politique américaine aussi.
|
TROISIEME SESSION
|
Perspectives pour la PESC/PESD M. Jan Dirk Blaauw (Président de l'Assemblée de l'UEO) accueille M. Yannos Papantoniou, Ministre de la défense de la Grèce, en rappelant que ce dernier s'est adressé à l'Assemblée lors de la dernière session plénière qu'elle a tenue à Paris en décembre, au cours de laquelle M. Papantoniou avait présenté le programme de la nouvelle présidence hellénique de l'UE et de l'UEO concernant la PESD. Il signale que M. Papantoniou a été l'hôte de la réunion informelle des ministres de la défense de l'UE à Athènes vendredi 14 et samedi 15 mars. Son analyse est donc la bienvenue à bien des titres. Le Président Blaauw présente également M. Anatol Lieven, bien connu des lecteurs du Financial Times pour ses commentaires judicieux sur les relations transatlantiques. En tant que chercheur émérite de l'Institut Carnegie Endowment for International Peace à Washington, il est bien placé pour observer les développements de la « nouvelle » Amérique. M. Yannos Papantoniou (Ministre de la défense de la Grèce) informe des résultats de la réunion des ministres de la défense de l'UE. Quatre dossiers ont été étudiés, tout d'abord l'Irak, pour lequel il y a désaccord sur les moyens mais plein accord sur l'appréciation du danger représenté par Saddam Hussein et le terrorisme. Tout cela ne met pas en question l'objectif de la construction d'une défense commune en Europe ; au contraire, on en constate de plus en plus la nécessité. La PESD ne devrait pas souffrir des divergences entre Européens. Au contraire, il faut accélerer sa mise en place et agir ensemble pour protéger nos valeurs et nos principes. Ensuite, ont été abordés les progrès de la Convention en matière de politique étrangère commune en soulignant la possibilité d'introduire la clause de l'article V dans le futur traité. Il faut promouvoir une PESD autonome et, à terme, une défense commune. Il s'agit d'un défi à relever par la Convention sur l'avenir de l'Europe. Il faut aussi élargir les objectifs de la force de réaction rapide et inclure une clause d'assistance mutuelle pour faire face aux menaces terroristes actuelles. L'accord sur la réciprocité et la complémentarité de l'OTAN et de l'UE doit aussi se concrétiser. L'Europe va prendre la relève de l'OTAN dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). Dans deux semaines, les premières forces de l'UE seront sur place. Cette opération, quoique limitée sur le plan opérationnel, pourrait avoir de grandes répercussions politiques et favoriser une logique d'intégration en matière de politique de sécurité. S'agissant enfin de l'industrie européenne de l'armement, on a avancé vers la création d'une agence européenne qui permette à nos industries de se développer à partir de standards communs ; on a réussi à sensibiliser la Commission européenne, qui a finalement élaboré une recommandation pour supprimer l'interdiction de financement des programmes de recherche destinés à des usages militaires. On a avancé aussi sur la priorité à donner à la formation du personnel et des officiers destinés à la force de réaction rapide, sans oublier l'ouverture sur les problèmes de la Méditerranée. Pour tous ces sujets, M. Papantoniou souhaite le soutien des parlementaires dans tous les pays d'Europe, afin que la prise de conscience des progrès européens ait un impact positif sur les décisions politiques nationales. Débat M. Dubié (Belgique) demande si le ministre pense que la décision de la Pologne d'acquérir des avions américains de type F16 est de nature à renforcer la PESD. M. Papantoniou répond que ce choix est en grande partie lié à la question de la compétitivité de l'industrie européenne de défense. A son avis, tous les pays européens seront de plus en plus incités à « acheter européen » au fur et à mesure que l'industrie européenne aura gagné en compétitivité. M. Anatol Lieven (Senior Associate, Carnegie Endowment for International Peace, Washington) constate que les relations euro-américaines traversent une période difficile. Il faut préserver le lien transatlantique et trouver des réponses européennes aux crises actuelles - il faut une stratégie européenne. Mais il y a des divisions profondes entre les gouvernements, même si les opinions publiques sont en majorité opposées à la guerre. Il existe des différences de perception entre les opinions publiques européennes et américaine et aussi entre l'opinion publique américaine et l'administration Bush. 40% de l'opinion publique américaine soutient la guerre en Irak mais, sur la question israélo-palestienne par exemple, l'opinion publique américaine est plus proche de l'opinion publique européenne que de l'administration Bush. Il faut aussi se rappeler que cette administration ne restera pas au pouvoir pour toujours. Il ya deux ans, les électeurs américains avaient préféré voter pour M. Al Gore que pour M. Bush. L'exercice de la diplomatie dans les relations euro-américaines est rendu difficile par l'action de la nouvelle administration et la faiblesse du département d'Etat par rapport au Pentagone. Les Européens doivent tenter d'atteindre l'opinion publique américaine. On peut jouer sur les liens privilégiés entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. En restant proches des Etats-Unis, les Européens auront ainsi la possibilité d'influencer la politique américaine, notamment lors de l'instauration d'un nouvel équilibre au Proche-Orient après le conflit. Il est important que les Européens trouvent un langage commun en vue de la période de l'après-guerre en Irak car d'autres interventions américaines sont possibles et ceci aura des répercussions sur les relations transatlantiques, notamment des conséquences politiques importantes pour le Royaume-Uni. Dans l'avenir, on pourrait observer un plus grand intérêt de la part du Royaume-Uni pour la PESC/PESD. L'Europe doit fixer ses priorités. Elle joue un rôle utile de stabilisation en Afghanistan, grâce en particulier à l'engagement germano-néerlandais. C'est un apport important à la lutte contre le terrorisme. Cependant, les Etats européens doivent d'abord se concentrer sur les régions proches, telles que les Balkans (Bosnie, Kosovo et ancienne République yougoslave de Macédoine) et l'ouest de l'ex-URSS. Il ne faut pas oublier l'échec moral de l'Europe en Bosnie (et plus tard, au Kosovo), avec le recours obligé à l'aide américaine. L'assassinat du Premier ministre serbe prouve que la stabilité est fragile dans cette région. Il faut que l'Europe soit prête. Pour ce faire, il faut développer les capacités de défense et réformer les structures décisionnelles de l'Europe. On doit aussi penser à créer de nouveaux cadres qui puissent intégrer d'autres Etats tels que la Turquie, la Russie et l'Ukraine, en vue de créer un environnement de sécurité plus large. Les efforts en matière de défense sont une question de volonté politique. Il est inconcevable, dans l'avenir, que les Etats-Unis s'engagent dans une opération en Europe comme ils l'ont fait auparavant dans les Balkans, en Bosnie et au Kosovo. L'Europe devrait perdre l'habitude de vivre sous la protection des Etats-Unis, ce qui ne la pousse pas à prendre ses responsabilités. Les efforts européens dans ce sens vont rencontrer à l'avenir une forte opposition américaine car le développement des capacités européennes de défense réduit la dépendance envers les Etats-Unis et donc l'influence de l'Amérique. Le danger, c'est la division des Etats européens qui ne manquera pas d'être exploitée par l'administration Bush. Les Européens doivent assumer leurs responsabilités face à ce défi. Il appartient aux Européens de développer une « éthique de responsabilité » propre à l'Europe. Le Président Blaauw partage les vues de M. Lieven sur l'importance cruciale de la région des Balkans pour l'Europe dès à présent et dans l'avenir. Il souligne qu'un rapport sur cette question est en cours de préparation par la Commission politique de l'Assemblée de l'UEO, qui n'a cessé ces dernières années de suivre les développements dans les Balkans. M. Sfyriou (Grèce) relève l'enjeu crucial des discussions de la Convention concernant l'avenir de la PESC/PESD. Si le Traité de l'UE mentionne explicitement la PESC et la PESD de manière claire et ambitieuse, il sera sans doute plus difficile pour les Etats membres de l'UE de mener des consultations bi- ou trilatérales, dans ce domaine, en dehors des institutions européennes. Il constate le désarroi des citoyens devant l'impuissance de l'Europe à agir conjointement de façon efficace et rapide. La situation dans les Balkans offre le meilleur exemple jusqu'à présent de l'inefficacité européenne. Pour combler les lacunes, il faut aussi prendre en compte les aspects financiers de la PESC/PESD. Le Président Blaauw est d'accord sur le fait que la PESC/PESD ne doit pas se résumer à une série de voeux pieux mais doit conduire des missions et disposer pour ce faire d'un budget substantiel. Pour M. Lieven, il est primordial que les Européens définissent d'abord ensemble leurs priorités, puis, dans un second temps, qu'ils entreprennent des actions communes. Pour les pays d'Europe centrale et orientale, il est pour l'instant difficile de privilégier la PESD. Du fait de leur expérience historique récente, ils estiment leur sécurité principalement assurée par les Etats-Unis. Mais la position de ces pays évoluera dans un sens favorable à la PESC/PESD si on prend en compte leurs préoccupations. En Hongrie, par exemple, l'opinion publique est en décalage avec la position du gouvernement hongrois et partage la perception de l'opinion publique française. Le problème du risque d'imposition de sanctions par les Etats-Unis aux pays européens ne partageant pas leurs vues est plus préoccupant. Les Etats-Unis seraient, par exemple, susceptibles de forger des plans pour sanctionner l'Allemagne, notamment par la perte de bases militaires américaines et leur transfert dans des pays d'Europe centrale et orientale. Une telle option deservirait les Etats-Unis d'un point de vue opérationnel car ces bases sont mieux situées géographiquement par rapport à la Méditerranée et aux opérations menées au Proche-Orient. Certains écrits dans la mouvance républicaine envisagent aussi d'utiliser l'Europe comme base pour des opérations dans d'autres parties du monde. M. Gubert (Italie) demande si un principe de primauté s'applique au bénéfice de l'OTAN en matière de disponibilité des forces armées nationales susceptibles de relever de l'OTAN ou de l'UE. Il s'interroge sur l'opinion publique américaine. Celle-ci s'oppose-t-elle à la guerre en tant qu'instrument de la politique étrangère ou s'oppose-t-elle à la guerre uniquement en raison de l'absence d'autorisation des Nations unies ? Mme Durrieu (France) est préoccupée par les conséquences de la crise irakienne pour l'avenir. L'OTAN est en déclin. Bien que l'accord de sécurité UE/OTAN ait été signé le 14 mars, la présence militaire de l'UE dans l'ARYM sera extrêmement modeste. On parle de 300 à 350 hommes sous les ordres du Général français Pierre Maral, Commandant des forces de l'UE, et sous le commandement opérationnel du DSACEUR allemand, l'Amiral Rainer Feist, opérant de Mons. Il est par conséquent légitime de se demander si l'UE n'aurait pas pu agir dans l'ARYM sans recours à l'OTAN. Et surtout, il faut s'interroger pour l'avenir : Sommes-nous capables d'aller plus loin, « vieille » et « jeune » Europe ? L'espace économique est une réalité. L'espace sécuritaire est assuré par l'OTAN. Estime-t-on que le « compte est bon » ainsi ? Ou veut-on développer un espace politique ? Il faudrait que les Européens oeuvrent tous dans le même sens en faveur de la PESC, des missions de Petersberg, de l'autonomie évoquée à Cologne mais pas à Nice. L'Europe de la sécurité et de la défense est encore à construire, avec des projets concrets tels Helios et Galiléo. Mais les blocages politiques sont nombreux. Les citoyens semblent nous avoir envoyé un message. Il nous faut l'entendre. M. Triantaphyllou (Institut d'études de sécurité de l'UE) note que la PESD devra se faire bientôt dans une Europe à 25 et non plus à 15. Il relève la coopération existante en matière de sécurité entre l'UE et la Turquie, comme entre l'UE et la Russie. Mais que devrait-il en être d'Israël ? Mme Grabowska (Pologne, membre associé) rappelle l'engagement ferme, énoncé au sein de la Convention sur l'avenir de l'Europe, de développer la PESC en coordination avec la Commission, compétente en matière de politique commerciale et humanitaire. Il est question d'étendre le vote à la majorité aux questions liées à la PESC. L'UE, une fois dotée de la personnalité juridique, deviendra un acteur international important. La Pologne est également favorable au développement des aspects opérationnels de la PESD. Elle a envoyé des policiers en Bosnie et sera aussi présente dans l'ARYM. Les relations avec l'OTAN sont essentielles. La PESD doit renforcer le lien transatlantique et oeuvrer en complémentarité avec l'OTAN en vue de favoriser le partenariat stratégique transatlantique. La déclaration OTAN/UE sur la PESD du 16 décembre 2002 est l'affirmation explicite de cet engagement. La sécurité de l'Europe ne se limite pas aux frontières de l'UE. Il faut tenir compte de l'importance de la dimension orientale de la politique de sécurité européenne. Cette dernière devra être renforcée, comme l'ont souligné les positions gouvernementales exprimées en 1998 lors de l'ouverture des négociations d'adhésion de la Pologne à l'UE, puis en 2001 et encore plus récemment en janvier 2003 dans un non-document du ministre des affaires étrangères polonais, M. Cimoszewicz. Selon ce dernier, l'élargissement de l'UE est une occasion exceptionnelle de renforcer les liens avec les nouveaux voisins de l'UE (Ukraine, Belarus, Russie). Le dernier programme-cadre de l'UE est favorable au renforcement du dialogue avec la Russie par le biais du partenariat stratégique. Les relations avec l'Ukraine et le Belarus devraient aussi être encouragées dans le cadre de l'UE. La Communication de la Commission européenne du 11 mars 2003 fixe un nouveau cadre avec les pays voisins de l'UE à l'Est. Ce document correspond dans ses grandes lignes aux positions de la Pologne. La Pologne se félicite aussi de la coopération des pays nordiques en matière de gestion civile de crises, qui est exemplaire. Son intérêt pour la dimension orientale de la politique de sécurité européenne n'exclut pas qu'elle s'engage dans tous les autres domaines de cette politique. Dans la crise irakienne, les divergences européennes ne doivent pas occulter le but commun : la paix et la stabilité en Europe et au-delà. L'efficacité de la PESC doit rester l'objectif commun. Il faut aussi que la Pologne participe à la coalition contre le terrorisme. Le rôle des organisations internationales revêt une importance particulière dans cette lutte. La Pologne s'est jointe aux positions communes sur la lutte contre le terrorisme adoptée par l'UE. La Pologne veut être un allié fiable et un contributeur actif de la PESC. M. Pavlidis (Grèce) insiste pour que les Européens discutent ensemble et parviennent à des positions communes. Il faudrait arriver à un lobby européen en Europe. La guerre a cessé dans les Balkans. Les peuples souhaitent ardemment la paix et le meilleur moyen d'y parvenir de manière durable est l'approfondissement de la démocratie. Envoyer quelques milliers d'hommes ne suffit pas, il faut aider ces pays à se développer économiquement. M. Jelincic (Slovénie, associé partenaire) souligne que la crise dans les Balkans n'est pas terminée. On le constate avec l'assassinat du Premier ministre de Serbie. On craint pour l'avenir de la région quand les Américains se seront retirés de Bosnie. Après la Déclaration du Groupe de Vilnius, M. Solana s'est rendu à Ljubljana et a constaté que l'Europe n'existait ni politiquement ni militairement. M. Rauber (Allemagne) regrette la faiblesse des budgets de défense des pays européens. 1,3% du PIB n'est pas suffisant. Il rappelle que lorsque la guerre civile a éclaté dans les Balkans, l'Allemagne s'est retrouvée avec plus de 800 000 réfugiés sur son sol. Elle a dépensé entre 15 et 20 milliards d'euros pour les réfugiés des Balkans. Les Européens ont un intérêt stratégique à la stabilité dans les Balkans, ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis. L'Europe doit donc assumer ses responsabilités stratégiques et tout particulièrement dans les Balkans. Il existe aujourd'hui un espoir d'un nouveau départ de la PESD, qui pourrait enfin aligner ses moyens sur ses objectifs. M. Lieven reconnaît que les conflits ethniques en Bosnie et au Kosovo sont gelés mais existent toujours. L'Europe excelle dans l'aide au développement mais reste extrêment faible en cas de confrontation. L'augmentation des budgets de défense n'est pas le recours principal. Il faut redéployer les moyens, les regrouper et les compléter en faisant appel au principe de spécialisation. L'essentiel est d'être prêt quand cela est nécessaire. La majorité des Américains ne veulent pas assujettir les intérêts nationaux américains au droit international. C'est là une grosse différence par rapport à l'Europe. Il existe seulement des nuances aux Etats-Unis entre les partisans d'un exercice « soft » de la souveraineté américaine (notamment par le biais de traités et accords multilatéraux) et, parmi les Républicains, les partisans de la manière forte. Ce qui est positif aux Etats-Unis est l'attachement unanime aux valeurs démocratiques et à l'idée de progrès. Les Américains ont subi un choc énorme lors des attentats du 11 septembre et leur réaction nationaliste est normale. L'ombre du traumatisme de la guerre du Vietnam plane sur la société américaine. Les Etats-Unis veulent à tout prix éviter l'émergence d'une nouvelle superpuissance. Leur inquiétude concerne la Chine essentiellement et pas l'Europe. L'administration américaine sera toujours opposée au développement de la PESD. Après des années d'attitude ambiguë, le refus est désormais total. Face aux groupes de pression anti-européens, il serait utile que la communauté des Européens se soude et réagisse. En ce qui concerne Israël, l'opinion publique européenne est divisée en raison de la politique israélienne actuelle. Si des changements en faveur de la paix advenaient, un rapprochement entre l'UE et Israël serait facilité, mais l'intégration sera difficile, car contrairement à la Russie et à la Turquie, Israël n'est pas géographiquement situé en Europe. Cela reviendrait à transformer l'UE en « club » et non en projet d'intégration économique et politique de l'Europe. L'histoire prend son temps, en Europe peut-être plus que dans d'autres parties du monde. Il faut avoir une vison plus ambitieuse du continent et promouvoir des valeurs européennes en pensant à l'avenir. Le Président Blaauw souligne que c'est aux Européens d'oeuvrer pour la PESD. Sinon, l'argent dépensé pour la défense ne servira à rien.
|
QUATRIEME SESSION
|
Réponses communes au terrorisme international et défis futurs pour la sécurité M. Pangalos (Vice-Président de l'Assemblée de l'UEO, Président de la délégation grecque) présente les orateurs. Il souligne notamment que M. Chrisohoidis, Ministre de l'ordre public de la Grèce, a connu un grand succès en réussissant à faire cesser les activités terrroristes du groupe du 17 novembre qui menaçait la Grèce depuis 27 ans. Il rappelle l'engagement actif de M. Cem au sein de l'Assemblée. Ancien Ministre des affaires étrangères de Turquie, M. Cem a en effet été Chef de la délégation turque auprès de l'Assemblée pendant de nombreuses années. Enfin, M. Pascal Boniface, Directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques, expert français reconnu, est déjà intervenu lors de colloques précédents de l'Assemblée, notamment à Berlin. M. Michael Chrisohoidis (Ministre de l'ordre public de la Grèce) constate que la menace du terrorisme international est un des grands défis en matière de sécurité. L'impact des attentats du 11 septembre a rendu nécessaire d'envisager de nouvelles actions, mieux adaptées aux circonstances actuelles. Il faut aussi étudier les causes directes du terrorisme, établir la relation avec d'autres causes (économiques et sociales, politiques) et prendre en considération l'environnement local et régional dans lequel se développe et agit le terrorisme. La coopération européenne, transatlantique et internationale est nécessaire pour mettre en _uvre des mesures de prévention et de répression efficaces. Cependant, en dépit de la volonté d'approche commune, des problèmes de coopération existent encore. Le terrorisme est aujourd'hui dirigé contre la démocratie et c'est pour cela qu'il faut renforcer et développer celle-ci comme un antidote à la violence. La société civile a un rôle important à jouer dans cette lutte car l'insécurité qui résulte du terrorisme affaiblit la démocratie. Le défi de notre ère est de parvenir à « propager » la démocratie. Une des conditions essentielles pour que la démocratie existe est de promouvoir l'ensemble du système de valeurs qui sous-tend toute société démocratique, tout particulièrement la protection des droits de l'homme. La volonté de la majorité est le procédé irremplaçable de transformation de la société. En ce qui concerne la perception des menaces nouvelles, la Grèce a une expérience considérable, tant au niveau interne qu'au niveau régional du fait de sa localisation géographique et de sa proximité des Balkans, du Caucase et de l'Asie centrale. Dans ces régions, des conflits ne sont pas à exclure. Les institutions démocratiques y sont fragiles en raison des vestiges de régimes totalitaires et de l'essor du crime organisé. Dans un même temps, la pauvreté, le chômage, l'immigration illégale, combinés au crime organisé, favorisent le terrorisme. Un effort commun des Européens est nécessaire pour faire face à cette nouvelle menace. Il faut développer de nouvelles méthodes pour traiter de tous ces problèmes. Comme le disait Goethe, nous ne sommes pas venus au monde pour résoudre les problèmes mais pour les soulever. M. Pangalos souligne que le renforcement de la démocratie est en effet le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme. Il faut éradiquer les conditions socio-économiques qui encouragent la violence. M. Ismael Cem (ancien Ministre des affaires étrangères de la Turquie) analyse les réponses communes au terrorisme international et défis futurs pour la sécurité. Etant donné l'environnement politique d'aujourd'hui, à propos duquel on pourrait parler de « coïncidence », certains pourraient s'en référer à « l'ironie de l'histoire » : dans la situation actuelle, comment peut-on percevoir l'Europe et les Etats-Unis comme éléments d'une approche intégrée et parler de « réponses communes au terrorisme international et aux défis futurs en matière de sécurité » ? Tous ces thèmes, sujets, concepts et perceptions semblent appartenir à une époque lointaine tant ils sont dépassés et rendus caducs par les récents événements en Irak, aux Nations unies, à l'OTAN et à l'UE. D'après M. Cem, le même constat s'applique à la « nouvelle » stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis : sa « nouveauté » semble perdre de son lustre à grande vitesse, tant son principal pilier, sa principale hypothèse semblent désormais dépourvus de toute substance. Le pilier de la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, actualisée en septembre 2002, est la coopération pleine et entière avec les autres grandes puissances. M. Cem cite : « Nous préserverons la paix en construisant de bonnes relations entre grandes puissances ». Autre principe ancré dans la stratégie : « Aujourd'hui, les grandes puissances du monde se trouvent dans le même camp, unies par l'exposition partagée aux dangers de la violence terroriste ». Troisième principe à la base de cette stratégie : « Les Etats-Unis sont attachés à des institutions durables telles que les Nations unies (...) et l'OTAN ». Tout ceci résonne comme l'écho d'une ère révolue. On peut avancer une évaluation préventive et conclure que les développements récents concernant l'Irak et les Nations unies ont déjà fait voler en éclats les concepts de « lutte commune et d'appartenance à un même camp ». Ces mêmes développements donnent une image caricaturale des Etats-Unis et ont provoqué des fissures au sein de l'OTAN et de l'UE. Les fondements mêmes de la stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis sont ainsi mis entre parenthèses et l'Europe, ou certains pays européens comme la France, l'Allemagne et la Russie, censés figurer parmi les piliers étrangers de cette stratégie, sont tenus pour responsables. Ce sont les Nations unies qui subissent le sort le plus tragique : cette organisation, envers laquelle les Etats-Unis prétendent être engagés, semble prendre le même chemin que la Société des Nations en son temps. Si ses décisions conviennent à la volonté d'un de ses membres éminents, elles sont valables ; dans le cas contraire, elles sont nulles et non avenues. Evidemment, il y a déjà eu des précédents, mais aucune crise n'a été aussi manifeste et aussi cruciale que celle-ci. On peut même affirmer que les Nations unies sont au bord de l'obsolescence. En résumé, la dimension internationale de la stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis semble ne pas tenir la route en raison de la faille qui s'est creusée entre les Etats-Unis, les Nations unies et de grandes puissances européennes : or, la stratégie de sécurité nationale était supposée s'appuyer sur la coopération avec ces dernières. Selon M. Cem, de toute évidence, notre perception du « combat commun », de la « lutte commune contre le terrorisme » et notre concept de « légitimité » sont entachés d'erreur. Et si nous ne nous appliquons pas à corriger ces appréhensions fausses, nous risquons d'être les grands perdants et les terroristes disposeront des créneaux qu'ils veulent exploiter. Premier point : pour lutter « ensemble » contre le terrorisme, il faut un large consensus autour du niveau de menace que représente une forme particulière de terrorisme, de l'imminence de la menace et de la légitimité des mesures coercitives à adopter. L'Afghanistan est un exemple où toutes ces conditions ont été réunies. C'est tout le contraire avec l'Irak. C'est pourquoi les Etats-Unis, les Nations unies et quelques grandes puissances européennes ne sont pas sur la même longueur d'onde et une action à caractère unilatéral est en cours de préparation. C'est une « violation » grave de la « nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis ». Second point : pour fournir « une réponse commune », il faut que les Etats-Unis, les Nations unies et les Européens convergent dans leurs analyses de la situation. Ce n'est pas le cas pour l'Irak : les Etats-Unis sont convaincus que la guerre imminente contre l'Irak va mettre un terme aux menaces terroristes. Les Nations unies ainsi que la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, mettent en question l'imminence de cette guerre. Pour sa part, la France estime que déclencher la guerre contre l'Irak maintenant ne préviendra pas le terrorisme. Au contraire, celle-ci va provoquer une nouvelle vague de terrorisme mondial qui n'épargnera pas l'Europe. Troisième point : la légitimité. Si, en cas de guerre, autrement dit, de vie et de mort, les Nations unies détiennent la légitimité, alors toutes les parties doivent en respecter les décisions et le processus décisionnel. Si l'on veut produire une réponse commune au terrorisme, il faut un mécanisme fiable et respecté, ce qui, une fois encore, n'est pas le cas avec les événements récents. C'est pourquoi les Nations unies, autre pilier de la stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, sont gravement menacées d'obsolescence. En conclusion, face à une ONU discréditée, une OTAN et une UE divisées, le monde est davantage exposé aux dangers terroristes que dans la période qui a précédé la crise irakienne. Alors qu1e faire ? - Pour lutter ensemble contre le terrorisme, d'une manière efficace et totale, pour traiter les conflits régionaux, pour enclencher une réponse commune, il faut que les acteurs de part et d'autre de l'Atlantique coopèrent et qu'il y ait une instance centrale respectée qui coordonne et décide les actions. Si ces facteurs sont relégués au second plan ou absents, comme c'est apparemment le cas actuellement, l'efficacité de la lutte contre le terrorisme est compromise.
- Pour combattre le terrorisme d'une manière efficace, il faut déployer tous les efforts possibles pour faire renaître un état d'esprit favorable à la consultation, à la coopération et à la coordination. Les ravages causés par l'unilatéralisme récent doivent être réparés. Des initiatives unilatérales semblant produire des résultats à court terme risquent à la longue de déboucher sur des développements négatifs.
- Et enfin, la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, privée d'une participation substantielle de l'Europe et d'une dimension onusienne, sera un instrument strictement américain. Il ne servira pas la cause du monde et ne répondra pas à ses besoins. M. Cem doute même qu'il réponde à ceux des Etats-Unis.
M. Pangalos s'interroge sur le processus menant à considérer une menace comme telle. Il insiste sur le respect des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et sur la nécessité de réfléchir aux moyens de lutter contre notre propre vulnérabilité. Il constate enfin que l'unilatéralisme a un effet à court terme mais peut aussi être à l'origine de problèmes à plus long terme. M. Pascal Boniface (Directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques, France) rappelle le rôle important des instances parlementaires à l'heure où trois pays démocratiques s'apprêtent à faire la guerre contre une dictature. Il faut s'interroger sur les enjeux véritables de cette guerre. Ce qui est en question, ce n'est pas l'Irak. Chacun s'accorde sur les méfaits d'une dictature qui dure depuis plus de trente ans. Saddam Hussein a utilisé des armes de destruction massive contre l'Iran et contre sa propre population. L'Irak est un danger potentiel et il faut désarmer le régime. Il y a donc consensus sur l'objectif. Les deux enjeux majeurs sont le Proche-Orient et l'architecture internationale de sécurité. Le Proche-Orient est une zone instable. Le conflit israélo-palestinien s'est aggravé. Si les Etats-Unis continuent à pratiquer une politique de « deux poids, deux mesures », on risque une nouvelle dégradation de la situation stratégique dans cette région. Mais, plus important encore, l'architecture internationale de sécurité est en jeu. On a voulu encadrer strictement le recours à la guerre (justifiée uniquement en cas de légitime défense ou en présence d'une décision collective du Conseil de sécurité des Nations unies, s'il y a atteinte à la sécurité collective ou rupture de la paix). Or la stratégie de légitime défense préventive correspond à une agression. Le choix est à faire entre les rapports régis par le droit international ou par la force. La guerre a fait un mort avant même de commencer : la PESD. Les progrès en la matière sont difficiles. Depuis six ans, certes, des progrès très importants ont été faits en direction de l'autonomie stratégique de l'Europe pour des guerres du type de celle du Kosovo. Les divisions entre « pro-Américains » et « pro-Européens » n'existent pas. Il faut dépasser ces faux débats. On ne peut pas non plus diviser l'Europe entre « vieille » et « jeune » Europe. Cela n'a pas de sens. Les différences de points de vue sont normales entre les pays membres de l'UE et les pays candidats à l'UE ; ce qui l'est moins c'est d'entendre le gouvernement polonais énoncer des arguments tels que : « Si c'est le point de vue américain, c'est aussi le mien ». La vraie question est la volonté de l'administration américaine de faire primer la force sur le droit et de chercher plus à contraindre qu'à convaincre. Les déclarations du genre : « ceux qui ne pas avec nous sont contre nous » sont significatives. Il faudrait faire plus confiance à la démocratie et aux institutions internationales. Selon M. Boniface, on va revenir à cette conception car la réalité est toujours plus forte que l'idéologie. Les Etats-Unis vont devoir dépasser l'attitude « supérieur-inférieur » et accepter le dialogue entre partenaires égaux. D'où l'importance d'une Assemblée interparlementaire européenne telle que l'Assemblée de l'UEO. On doit tirer une leçon de la crise actuelle. Une opinion publique européenne est née. Certains citoyens manifestaient pour la première fois de leur vie. Quelle que soit la position des gouvernements, cela ne peut pas ne pas compter dans des démocraties telles que celles que nous connaissons en Europe et aux Etats-Unis. L'avenir n'est pas dans l'exercice « dur » de la puissance, mais bien plutôt dans la force de conviction. C'est là la puissance de demain, même s'il faut pouvoir s'appuyer sur la force si nécessaire. La bataille contre le communisme n'a pas été gagnée par le McCarthysme. Le régime grec des généraux ou celui de Mobutu n'ont pas atteint leurs objectifs. En revanche, l'Ostpolitik de la République fédérale d'Allemagne a porté ses fruits. C'est par la politique de détente et la promotion confiante des valeurs que l'on peut obtenir des résultats positifs. Le risque est de faire des entailles dans nos propres valeurs démocratiques. Ne pas respecter nos propres valeurs serait très grave car elles ont vocation à être universelles. On pourrait nous reprocher d'en faire une application sélective. Si l'on vise la démocratisation de l'Irak, mais aussi de toute la région, on ne peut pratiquer une politique de « deux poids, deux mesures ». Sinon la guerre risque d'être un « cadeau de Noël » pour Ben Laden. Il ne faut pas donner de crédit à la thèse d'un « choc de civilisations » par des politiques radicales et simplistes. Avant d'ouvrir le débat, M. Pangalos relève l'importance du réveil de l'opinion publique en Europe et dans le monde. Débat M. Medeiros Ferreira (Portugal) constate que le préjudice porté au droit international par le biais d'une intervention décidée en dehors d'un accord des Nations unies devrait amener à une réflexion visant à réevaluer l'importance et le rôle de cette institution. L'après-guerre offrira l'occasion de remettre en première ligne l'action internationale concertée. Quant à la division de l'Europe, elle est le signe de la coexistence de deux « vieilles » Europe. Dans un premier temps, la France et l'Allemagne ont annoncé des décisions unilatérales sans consultation de leurs partenaires européens. Dans un second temps, huit pays européens ont signé une lettre de soutien aux Etats-Unis, puis les pays candidats ont effectué leur propre démarche de soutien. Tout cela rappelle les attitudes des siècles passés et ravive le clivage entre les grandes puissances et les petits pays, qu'il est temps de dépasser. Ce n'est pas conforme à la volonté des citoyens européens qui souhaitent la construction d'institutions communes. M. Yañez Barnuevo (Espagne) considère que les armes les plus efficaces pour lutter contre le terrorisme sont la coopération dans le domaine du renseignement entre les forces de police et les instances judiciaires. Il faut aussi expliquer les problèmes à l'opinion publique. La force n'est pas le meilleur moyen de lutter contre la prolifération des armes de destruction massive. Après la guerre, les menaces terroristes seront accrues. Le prix du conflit en vies humaines sera élevé. On risque aussi une déstabilisation de la région. De plus, on assiste à la détérioration du rôle des institutions internationales. L'opinion publique est mobilisée, mais il est regrettable que les gouvernements, notamment le gouvernement espagnol, ne soient pas sensibles à la volonté de leur peuple. M. Guardans i Cambó (Espagne) pose deux questions. A M. Cem, ancien Ministre des affaires étrangères de la Turquie, il demande quelle est la position du gouvernement turc actuel quant au conflit irakien. A M. Boniface, Directeur de l'IRIS, il rappelle les positions en faveur de la guerre du parti populaire espagnol et demande ce qu'il convient de penser des critiques adressées au gouvernement français, accusé de complaisance vis-à-vis de l'Irak bien avant l'adoption de la Résolution 1441 et critiqué pour son opposition à la guerre, considérée comme néfaste. M. Pavlidis (Grèce) s'adresse à M. Chrisohoidis, Ministre de l'ordre public de la Grèce, pour lui demander des précisions sur les efforts de coopération internationale des pays européens en matière de sécurité. Il relève aussi la nécessité d'une coopération transatlantique sur la base de points d'accord sur des actions à entreprendre en commun. Il demande également à M. Cem ce qu'il pense de la décision première du Parlement national turc de refuser l'accès des forces américaines au territoire turc et s'interroge sur l'intention de demander au parlement turc de statuer encore une fois sur la même question. S'agira-t-il de statuer exactement sur le même texte ? Cela ne poserait-il pas un problème politique ? M. Cem exprime sa position personnelle, qui est aussi celle du gouvernement turc actuel, sur l'absolue nécessité de maintenir l'intégrité territoriale de l'Irak. Le scénario le plus dangereux serait celui d'une scission entre les Arabes irakiens et les Kurdes irakiens. Sur la question de la position du parlement turc, M. Cem est de ceux qui pensent qu'il faut que la Turquie garde ses distances vis-à-vis du conflit en Irak. Une nouvelle résolution du Parlement turc suite à celle adoptée le 1er mars dernier est en effet prévue. Le survol de certaines zones sera autorisé mais on ne sait pas encore si texte qui sera discuté sera exactement le même. Si tel était le cas, il faudrait en effet s'attendre à de gros problèmes politiques. M. Chrisohoidis précise que le slogan des Européens devrait être « Démocratie partout ». C'est la condition essentielle pour lutter contre le terrorisme dans un cadre de coopération international. Nous devons essayer de mener des actions de prévention en matière de renseignement et de police pour démanteler les réseaux. Le crime organisé est une lourde menace. Au niveau de l'UE, la présidence grecque a pris certaines initiatives. Il est nécessaire d'assurer la visibilité politique des actions entreprises au niveau européen. M. Boniface traduit une des questions lui ayant été posée en ces termes : La France a-t-elle agi plutôt « pour l'ONU » ou « contre les Etats-Unis » ? Il rappelle que l'Irak n'est que le cinquante-troisième partenaire commercial de la France. On ne peut donc pas invoquer les intérêts économiques pour expliquer la position française. De plus, lors de la première guerre du Golfe en 1991, la France avait participé à la guerre. On ne peut pas non plus parler d'antiaméricanisme de la part des autorités françaises, mais plutôt d'opposition à la politique de l'administration Bush concernant précisément la gestion du cas irakien. En ce qui concerne le veto de la France à la guerre dans le contexte actuel, il faut se rappeler que la France ne s'est pas opposée au principe même de la guerre. Si MM. El Baradei et Blix avait déclaré qu'il leur était impossible de continuer leurs travaux, la France aurait voté pour le recours à la force. Certes, les motivations françaises sont multiples et l'intérêt national français était aussi en jeu. La priorité française est la prééminence du Conseil de sécurité. Cela correspond aussi au souci exprimé par le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Il est dommage que le couple franco-allemand ait été perçu comme travaillant « à part », à l'écart de ses partenaires européens. L'Amérique latine, l'Afrique ou l'Asie voient dans l'Europe une alternative à la toute puissance unilatérale des Etats-Unis. Il ne faut pas sous-estimer l'attente des pays des autres continents vis-à-vis de l'Europe. Si, un jour, l'Europe « puissance » vient à naître, elle ne sera ni issue ni exportatrice d'une politique unilatérale. Selon M. Boniface, la politique de l'Europe sera forcément multilatérale car élaborée multilatéralement. Il n'existe plus un seul pays en Europe pouvant désormais imposer sa seule position. M. Rivolta (Italie) revient sur l'intérêt de la Turquie pour le maintien de l'intégrité territoriale de l'Irak. La Turquie serait-elle prête à intervenir si cette intégrité territoriale était menacée ? Même si l'intervention en Irak sous l'impulsion des Etats-Unis est illégale sur le plan du droit international, la France serait-elle volontaire pour participer à une reconstruction de l'Irak ? M. Cem ne croit pas la situation tellement grave qu'une intervention militaire de la Turquie soit nécessaire. Elle n'interviendra qu'en cas de risque pour sa propre sécurité ou d'action hostile. Nous vivons une situation absurde et contraire au droit international dans laquelle un pays tiers a pris contact avec des organisations dans le nord du territoire irakien afin de renverser le gouvernement de ce pays. M. Boniface fait le point sur le dilemme auquel la France est confrontée. En cas d'inaction, elle sera accusée d'indifférence. En cas d'intervention, on lui reprochera son appât du gain. Si la reconstruction est décidée et organisée sur le plan international sous l'égide de l'ONU, tous les pays seront appelés à y participer quel que soit leur position sur le bien-fondé de la guerre actuelle. Si l'administration américaine se réserve le droit de reconstruire le pays de manière unilatérale, il ne faut pas s'attendre à ce que la France, mais aussi l'Europe dans son ensemble participent à cet effort. Les propos récents de Chris Patten, Commissaire européen pour les relations extérieures, l'attestent.
|
CONCLUSIONS
|
M. Lluis Maria de Puig (ancien Président de l'Assemblée et rapporteur) constate que des opinions différentes ont été exprimées au cours des débats particulièrement intéressants, où beaucoup d'arguments ont été présentés, à la fois par les participants européens et américains. Il y a eu des interventions critiques et des autocritiques, ainsi que des éléments de réflexion positifs pour l'avenir. Une volonté constructive a clairement été énoncée. En ce qui concerne la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, il est clair pour tous que le désastre des attentats du 11 septembre a provoqué un traumatisme énorme et compréhensible des Américains. On a observé, depuis lors, une dérive unilatéraliste que certains ont qualifiée d'hégémoniste. La lutte contre le terrorisme a été très vite identifiée à une guerre. La volonté de guerre préventive a été explicitement mise en avant par l'administration Bush. Plusieurs intervenants ont fermement contesté cette notion de guerre préventive. Désormais, les coalitions de volontaires sont préférées aux actions multilatérales dans le cadre d'organisations internationales. Priorité est donnée à la force pour régler toutes les questions. L'idée de croisade du bien contre le mal se fait jour. Un bref débat a eu lieu pour savoir qui avait la responsabilité de définir les « pays instables ». L'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la PESD est aussi un élément inquiétant, relevé par plusieurs orateurs. On ne peut pas demander aux Européens de prendre plus de responsabilités et d'investir plus en matière de défense et s'opposer à une autonomie souhaitable de l'Europe, qui agira en complémentarité avec leurs alliés d'outre-Atlantique. La politique menée par l'administration Bush va à l'encontre des intérêts des Etats-Unis eux-mêmes. Elle mènera à plus de terrorisme et plus de course aux armements, selon l'analyse même d'un des intervenants américains. Cette politique joue en faveur du radicalisme. La méthode la plus efficace serait d'agir dans le cadre multilatéral des Nations unies, tout en tenant compte de l'inévitable prépondérance des Etats-Unis en tant qu'unique superpuissance. Les difficultés au sein de l'OTAN ont été déplorées par de nombreux intervenants. L'OTAN est en déclin. Elle n'est pas nécessaire militairement aux Etats-Unis. Sa raison d'être est plutôt politique. Il faudra procéder à une remise en adéquation de l'Alliance atlantique avec un nouveau partenariat stratégique entre l'Europe et les Etats-Unis. Un échange de vues a également pris place sur l'existence d'un certain anti-américanisme. Sans être anti-américain, personne ne peut accepter l'approche hégémoniste et unipolaire mise en avant par la nouvelle stratégie de sécurité américaine. Les Européens sont tous favorables à un monde multipolaire. Ils sont unanimes dans leur soutien à la lutte contre les menaces terroristes, malgré les difficultés d'intervention. Tous les participants souhaitent que des formules de travail efficaces soient trouvées pour coopérer avec les Etats-Unis, notamment dans le cadre de l'OTAN et de l'OSCE. Mais on assiste à une militarisation de la lutte contre le terrorisme sous la pression des Etats-Unis. Or il semble plus efficace, avant toute action militaire, d'agir prioritairement en coopérant dans les domaines du renseignement, des forces de police et de la lutte contre les réseaux de financement des organisations terroristes. Sur la lutte contre le terrorisme, les participants sont tous d'accord sur l'acuité de la menace terroriste et sur la nécessité d'une lutte conjointe. Mais il y désaccord sur la transformation de la « lutte » en « guerre », sur la militarisation de l'action anti-terroriste et sur le concept de guerre préventive. Des voix se sont élevées pour exprimer leur désaccord quant à la politique de « deux poids, deux mesures » appliquée par les Etats-Unis en fonction des pays concernés. On a aussi pu déceler un désaccord sur les causes premières du terrorisme. Il existe une « atmosphère » propice aux crimes des fanatiques ayant perpétré les attentats du 11 septembre. Cette atmosphère leur a permis de se présenter comme luttant pour une cause juste. Ils se sont faits les porte-parole de cette cause en invoquant les hommes victimes d'humiliations et d'injustices en raison de la mondialisation. Le terrorisme prend en effet racine dans la pauvreté, l'injustice et le sous-développement économique. Pour en éliminer les causes, il faut donc plus de développement, plus de bien-être, plus de démocratie. Le système de mondialisation doit être plus juste. En ce qui concerne la crise irakienne, certains ont adopté une attitude critique vis-à-vis de la guerre. D'autres ont soutenu la guerre. On a déploré la division des Européens. L'Ambassadeur Miller a clairement énoncé les arguments américains en faveur de la guerre. Tous, Européens comme Américains, sont contre Saddam Hussein. Ils sont en désaccord sur la façon de parvenir à son désarmement et non sur l'objectif lui-même. Certains ont insisté sur le fait que voter la Résolution 1441 du Conseil de sécurité des Nations unies équivalait à voter pour le désarmement de l'Irak, mais non pour une action militaire automatique. Un autre aspect essentiel a été évoqué, celui de la guerre en tant que « précédent » susceptible d'inciter d'autres pays à imiter l'exemple donné par les Etats-Unis. La division de l'Europe a été critiquée dans le contexte de la crise irakienne, mais aussi dans le cadre général de la PESD. Le rôle de l'OTAN et des Etats-Unis a été abordé. L'Europe a mené une sérieuse autocritique, ce qui est sain. On a identifié les blocages et les manques de volonté politique. Il serait nécessaire d'investir plus en matière de défense. La modestie opérationnelle de l'Europe et sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis lors de crises récentes (en Bosnie ou au Kosovo) ont aussi été relevées. Il en est ressorti que l'Europe avait besoin d'une politique étrangère et de sécurité commune en vue de défendre ses valeurs et ses intérêts vitaux, en complémentarité avec les Etats-Unis. Il faut renforcer les mécanismes institutionnels et politiques de la PESC/PESD mais aussi les aspects opérationnels (capacités militaires, recherche et technologie, interopérabilité des forces). Au cours des discussions, un accord général s'est aussi dégagé sur l'engagement des Européens aux côtés des Etats-Unis. Il faut nouer de nouvelles relations avec les Etats-Unis. Simultanément, l'Europe doit s'organiser pour jouer un rôle européen au sein de l'OTAN et un rôle européen au sein des Nations unies aux côtés des Etats-Unis. Il faut absolument travailler ensemble. Cette nouvelle phase va certainement commencer après cette crise. L'objectif est de construire une Europe pacifique, encline à promouvoir la coopération et à maintenir un lien transatlantique solide. C'est ce qui transparaîtra dans le rapport que M. de Puig présentera à la session de juin de l'Assemblée au nom de la Commission politique et qui portera précisément sur « L'Europe et la nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis ». L'Europe a besoin des Etats-Unis mais les Etats-Unis ont aussi besoin de l'Europe. La politique unilatérale des Etats-Unis n'est pas soutenable dans la durée. C'est par le dialogue, en oeuvrant en complémentarité, que l'Europe et les Etats-Unis réussiront à construire un monde pacifique et multipolaire. Ainsi, comme l'ont analysé plusieurs orateurs, les divergences entre les Etats-Unis et l'Europe vont persister mais il en va de même de la coopération transatlantique car nous partageons des intérêts communs et des valeurs essentielles. Le Président Blaauw insiste sur l'importance de la coopération interparlementaire en vue de promouvoir ces intérêts et ces valeurs transatlantiques communs. Il signale sa visite récente à Sarajevo et la lettre d'information diffusée à ce propos. Il reste encore beaucoup à faire pour construire une politique européenne de sécurité et de défense. Il remercie le gouvernement grec pour avoir reconnu le travail indispensable de l'Assemblée de l'UEO et pour avoir tenu sa promesse de saisir toutes les occasions possibles afin d'informer les membres de l'Assemblée des derniers développements de la PESC/PESD. Au cours du présent colloque, la Présidence grecque de l'UE/UEO, par le biais de M. Papantoniou, Ministre grec de la défense, a ainsi informé l'Assemblée des résultats de la réunion informelle des ministres de la défense de l'UE, qui s'est tenue à Vouliagmeni les 14 et 15 mars. Le Président Blaauw remercie également M. Theodoros Pangalos, Vice-Président de l'Assemblée de l'UEO et Président de la délégation grecque, de son accueil. Il précise qu'en juin, lors de la session plénière que tiendra l'Assemblée à Strasbourg, du lundi 2 au mercredi 4 juin 2003, il y aura matière à discuter du cours des événements. Le Parlement européen a accepté l'invitation de l'Assemblée à tenir une session de travail conjointe. Il faut espérer que M. Solana, Secrétaire général de l'UEO et Haut représentant pour la PESC, pourra y assister. _________________
|
LISTE FINALE DE PARTICIPANTS
|
Speakers / Orateurs
Mr |
KAKLAMANIS Apostolos, President of the Hellenic Parliament / Président du parlement hellénique |
Mr |
CHRISOHOIDIS Michael, Minister for Public Order of Greece / Ministre grec de l'Ordre public |
Mr |
PAPANTONIOU Yannos, Minister for Defence of Greece / Ministre grec de la défense |
Mr |
MAGRIOTIS Ioannis, Deputy Minister for Foreign Affairs, Greece / |
| |
Ministre adjoint des affaires étrangères, Grèce |
Mr |
BLAAUW Jan Dirk, President of the WEU Assembly / Président de l'Assemblée de l'UEO |
Mr |
de PUIG Lluis Maria, Former President of the WEU Assembly, Rapporteur / Ancien Président de l'Assemblée de l'UEO, rapporteur |
Mr |
PANGALOS Theodoros, Vice-President of the Assembly, Chairman of the Greek Delegation to the WEU Assembly / Vice-Président de l'Assemblée, Président de la Délégation grecque auprès de l'Assemblée de l'UEO |
Mr |
PAPOULIAS Karolos, Chairman of the Standing Committee on National Defence and Foreign Affairs of the Hellenic Parliament / Président de la Commission permanente de la défense nationale et les affaires étrangères du Parlement hellénique |
Mr |
BONIFACE Pascal, Director of the Institute for International and Strategic Relations / Directeur de l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques, France |
Mr |
CEM Ismael, Former Foreign Minister, Turkey / Ancien Ministre des affaires étrangères, Turquie |
Mr |
ELAND Ivan, Director / Directeur, Center for the Study of War, Crises and Liberty, the Independent Institute, United States / Etats-Unis |
Mr |
HOPKINSON William, Associate Fellow, Royal Institute for International Affairs and Royal United Services Institute for Defence Studies, United Kingdom / Royaume-Uni |
Mr |
LIEVEN Anatol Senior Associate, Carnegie Endowment for International Peace, US / Etats-Unis |
H.E. |
Mr MILLER Thomas J., Ambassador of the United States to Greece / Ambassadeur des Etats-Unis en Grèce |
Mr |
PALOMBO Mario, Vice-President of the NATO Parliamentary Assembly / Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN |
Mr |
SELVA Gustavo, Chairman of the Foreign Affairs Committee, Chamber of Deputies, Italy, Member of the WEU Assembly / Président de la Commission des affaires étrangères, Chambre des Députés, Italie, Membre de l'Assemblée de l'UEO | Members of the Assembly / Membres de l'Assemblée Belgium / Belgique
Mr |
DUBIÉ Josy |
Mr |
GORIS Stef |
Mrs |
KESTELIJN-SIERENS Mimi |
Mr |
POTY Francis |
Mr |
TIMMERMANS Jacques | France
Mr |
BRANGER Jean-Guy |
Mr |
DEBARGE Marcel |
Mr |
DREYFUS-SCHMIDT Michel |
Mrs |
DURRIEU Josette |
Mr |
KUCHEIDA Jean-Pierre |
Mr |
LEFORT Jean-Claude |
Mr |
LENGAGNE Guy |
Mr |
LE GUEN Jean-Marie |
Mr |
LONCLE François |
Mr |
MASSERET Jean-Pierre |
Mr |
REYMANN Marc |
Mr |
SALLES Rudy | Germany / Allemagne
Mr |
HÖFER Gerd |
Ms |
JÄGER Renate |
Mr |
LETZGUS Peter |
Mrs |
LUCYGA Christine |
Mr |
RAUBER Helmut | Greece / Grèce
Mrs |
DAMANAKI Maria |
Mr |
DIMAS Stavros |
Mr |
FLOROS Nikolaos |
Mrs |
KATSELLI Eleonora |
Mr |
KONTOYIANNOPOULOS Vassilis |
Mr |
PAVLIDIS Aristotelis |
Mr |
SFYRIOU Kosmas |
Mr |
TALIADOUROS Spyros |
Mr |
VOULGARAKIS George | Italy / Italie
Mr |
BARBIERI Emerenzio |
Mr |
BUDIN Milos |
Mr |
CREMA Giovanni |
Ms |
DE ZULUETA Tana |
Mr |
GABURRO Guiseppe |
Mr |
GUBERT Renzo |
Mr |
MALGIERI Gennaro |
Mr |
MANZELLA Andrea |
Mr |
MAURO Giovanni |
Mr |
MULAS Guiseppe |
Mr |
NESSA Pasquale |
Mr |
OLIVERIO Gerardo |
Mr |
PISCITELLO Rino |
Mr |
RIGONI Andrea |
Mr |
RIVOLTA Dario |
Mr |
RIZZI Enrico |
Mr |
SCHERINI Gianpietro |
Mr |
SELVA Gustavo |
Mr |
TIRELLI Francesco |
Mr |
ZACCHERA Marco | Netherlands / Pays-Bas
Mr |
DEES Dick |
Mr |
EVERSDIJK Huib |
Mr |
ZVONAR Milos | Portugal
Mr |
BRAGA Antonio |
Mrs |
DOMINGUES Maria-Elisa |
Mr |
MEDEIROS FERREIRA José |
Mr |
NAZARÉ PEREIRA Antonio | Spain / Espagne
Mr |
ACOSTA PADRON Venancio |
Ms |
GUDO Cristina |
Mr |
ARNAU NAVARRO Francisco |
Mr |
BARQUERO José Manuel |
Mr |
FERNÁNDEZ AGUILAR Adolfo |
Mr |
GONZÁLEZ DE TXABARRI José Juan |
Mr |
GUARDANS I CAMBÓ Ignasi |
Mrs |
LÓPEZ GONZÁLEZ María José |
Mr |
PADILLA CARBALLADA Julio |
Mrs |
POSADA CHAPADO Rosa |
Mr |
PUCHE RODRÍGUEZ Gabino |
Mr |
YAÑEZ BARNUEVO Luís | United Kingdom / Royaume-Uni
Mr |
ATKINSON David |
Baroness |
ILLINGHAM |
Mr |
BRUCE Malcolm |
Lord |
BURLISON |
Mr |
COX Tom |
Mrs |
CRYER |
Mr |
ETHERINGTON Bill |
Mr |
FLYNN Paul |
Lord |
JUDD Frank |
Lord |
KILCLOONEY |
Mr |
MARSHALL David |
Mr |
McNAMARA Kevin |
Mr |
MEALE Alan |
Mr |
O'HARA Eddie |
Mr |
PRENTICE Gordon |
Mr |
VIS Rudi |
Mr |
WILKINSON John | Associate Members / Membres associés Czech Republic / République tchèque
Mr |
DVORAK Martin |
Mr |
KASAL Jan |
Mr |
NEMEC Oldrich |
Mrs |
ROITHOVA Zuzana |
Mr |
SKOPIK Jan |
Mr |
TITZ Milos | Norway / Norvège
Mr |
KONRADSEN Age |
Mr |
MARTHINSEN Finn Kristian | Poland / Pologne
Mr |
GAWLOWSKI Andrzej |
Mrs |
GRABOWSKA Genowefa |
Mr |
JANAS Stanislaw |
Mr |
KOBIELUSZ Antoni |
Mr |
LORENZ Janusz |
Mrs |
SENYSZYN Joanna | Turkey / Turquie
Mr |
ACIKGOZ Ruhi |
Mr |
AKCAM Zekeriya |
Mr |
ATES Abdülkadir |
Mr |
BILGEHAN Gülsün |
Mr |
CAVUSOGLU Mevlüt |
Mr |
CAVUSOGLU Yüksel |
Mr |
GÜLCICEK Ali Riza |
Mr |
GÜNDÜZ Irfan |
Mr |
GÜNDÜZ Süleyman |
Mr |
LIVANELI Zülfü |
Mr |
MERCAN Murat |
Mr |
TEKELIOGLU Mehmet | Associate Partners / Associés partenaires Bulgaria / Bulgarie
Ms |
ANDREEVA Kina |
Mr |
NAYDENOV Angel |
Mr |
TZEKOV Valeri | Latvia / Lettonie
Romania / Roumanie
Mr |
CIOCIRLIE Alin Theodor |
Mr |
SZABO Karoly |
Mr |
TIMIS Ioan |
Mr |
VASILESCU Nicolae | Slovak Republic / République slovaque
Mrs |
BRESTENSKA Beata |
Mr |
KUBOVIC Pavol |
Mr |
MURGAS Milan |
Mr |
BROCKA Julius |
Mrs |
DUBOVSKA Diana | Slovenia / Slovénie
Mr |
JELINCIC Zmago |
Mr |
PARTLJIC Anton |
Ms |
POTRATA Majda |
Mr |
VNUCEC Bogomir | Observers / Observateurs Austria / Autriche
Mr |
HOFMANN Maximilian |
Mr |
MURAUER Walter | Ireland / Irlande
Mr |
JACOB Joe |
Mr |
NOONAN Michael |
Mr |
O'KEEFE Ned |
Mr |
WALL Jack | Permanent Guests / Invités permanents
Mr |
LUKIN Vladimir, Deputy Speaker of the State Duma of the Russian Federation/Président adjoint de la Douma d'État de la Fédération de Russie |
Mr |
KRSTEVSKI Zoran, Member of the Assembly of the Republic, FYROM / Membre de l'Assemblée de la République, ARYM |
Mr |
SPASOV Gjorgji, Member of the Assembly of the Republic, FYROM / Membre de l'Assemblée de la République, ARYM | Chairmen of National Defence, Foreign Affairs and European Affairs Committees /Présidents des Commissions de Défense, Affaires étrangères et européennes
Mr |
GRECO Mario, President of the Defence Committee, Senate, Italy / Président de la Commission de défense, Sénat, Italie |
Mr |
PASTIU Ioan, Vice-President of the Defence Committee, Senate, Romania / Vice-président de la Commission de défense, Sénat, Roumanie |
Mr |
PIETRZAK Wieslaw, Chairman of the National Defence and Public Security Committee of the Senate, Poland / Président de la Commission de la défense nationale et la sécurité publique du Sénat, Pologne |
Mr |
POPESCU Gheorghe, Defence Committee, Senate, Romania / Commission de défense, Roumanie |
Mrs |
VAIDERE Inese, Chairman of the Saeima Foreign Affairs Committee, Latvia / Président de la Commission des Affaires étrangères de la Saeima, Lettonie | Honorary Members of the Assembly / Membres honoraries de l'Assemblée
Mr |
BAUMEL Jacques, France |
Mr |
HORNHUES Karl-Heinz, Germany / Allemagne |
Sir |
Dudley SMITH, Former President of the WEU Assembly, United Kingdom /Ancien president de l'Assemblée de l'UEO, Royaume-Uni |
| |
| Parliamentary Staff / Personnel parlementaire
Ms |
APOLENAROVA Martina, Czech Republic / République tchèque |
Mr |
BARNETT Paul, Germany / Allemagne |
Mr |
CASELLI Federico, Italy / Italie |
Mr |
DARANAS Mariano, Spain / Espagne |
Mr |
DE ROUCK Marc, Belgium / Belgique |
Ms |
DE PANCRAZIO Elena, Senate / Sénat, Italy / Italie |
Mr |
DORNSEIFER Rainer, Germany / Allemagne |
Mrs |
DOSSIER-CARZOU Claire, France |
Mr |
DUMAS Jean-Louis, France |
Mrs |
GOMEZ-BERNARDO Marie-Teresa, Spain / Espagne |
Ms |
GYORKOS Marianna, Hungary / Hongrie |
Mr |
HUBNER Andrew, United Kingdom / Royaume-Uni |
Mrs |
KARLOVA Lucie, Czech Republic / République tchèque |
Ms |
LABEDZKA Anna, Poland / Pologne |
Mrs |
MIRZA Natalia, Duma of the Russian Federation / Douma de la Fédération de |
| |
Russie |
Mr |
MUSSI Lukas, Austria / Autriche |
Mr |
PEJKOVSKI Jovan, FYROM / ARYM |
Ms |
PESCARU Adriana, Romania / Roumanie |
Mrs |
PROIETTI BEFANI Enza, Italy / Italie |
Ms |
QUADRELLI Nadia, Senate / Sénat, Italy / Italie |
Mr |
RHYS James, United Kingdom/Royaume-Uni |
Mrs |
SANTOS Montserrat, Spain / Espagne |
Mrs |
STENOVA Iva, Slovak Republic / République slovaque |
Mrs |
VASCO Margarida, Portugal |
Mr |
ZHDANOV Vladimir, Duma of the Russian Federation / Douma de la Fédération de Russie | Permanent Delegations to WEU Council / Délégations permanentes du Conseil de l'UEO
Col. |
WOUTERS M., Defense Policy, Belgium / Politique de défense, Belgique | Permanent Delegations to NATO/EU / Délégations permanents auprès de l'OTAN et l'UE Ambassador Bogdan MAZURU, Romanian Mission to NATO WEU Secretariat-General, Brussels / Secrétariat general de l'UEO, Bruxelles
Mr |
JACOMET Arnaud, Head / Chef | EU Institute for Security Studies, Paris /
Institut d'Études de Sécurité de l'EU, Paris
Mr |
TRIANTAPHYLLOU Dimitrios, Senior Research Fellow / Chargé de recherche |
| |
| European Union Satellite Centre, Torrejón, Spain /
Centre satellitaire de l'Union européenne, Torrejón, Espagne
Mr |
DAVARA Fernando, Director / Directeur | European Parliament / Parlement européen
NATO Parliamentary Assembly / Assemblée parlementaire de l'OTAN
Mr |
HOBBS David, Deputy Secretary-General /Secrétaire général adjoint | Centre des Hautes Études de l'Armement,
Ministry of Defence, France / Ministère de la défense, France
Mrs |
JACQUEMART Christine, Conseiller, Relations Extérieures et Internationales Counsellor/ External and International relations |
| |
| Greek Association for Atlantic and European Cooperation, Athens/Athènes
Mr |
GEORGIOU Theodossis, President/Président | Institute of Strategic and Development Studies, Athens/Athènes
Ms |
BOSSIS Mary, General Secretary / Secrétaire général | Embassies in Athens / Ambassades à Athènes
Mr |
APOSTOLOVA, Minister Counsellor / Ministre Conseiller, FYROM / ARYM |
H.E. |
Mr BOTCHARNIKOV Mikhail, Ambassador, Russian Federation / Fédération de la Russie |
H.E. |
Mr BROUWER Paul Reitze, Ambassador, Netherlands / Pays-Bas |
H.E. |
Ms. BULENOVA Jana, Ambassdor, Czech Republic / République tchèque |
H.E |
Mr CHLEBO Jaroslav, Ambassador, Slovakia / Slovakie |
Mr |
DEMSKI Zbigniew, Defence Attaché / Attaché de défense, Poland / Pologne |
H.E. |
Mr DRAGOMIR Caius Traian, Ambassador, Romania / Roumanie |
Mr |
DZIEMIDOWICZ Grzegorz, Poland / Pologne |
Colonel |
GARI Michel Attaché d'armement, France |
Ms |
GUIMING Liu, Third Secretary / Troisième Secrétaire, China / Chine |
Mr |
HAKAW Abaci, First Secretary / Premier Secrétaire, Turkey / Turquie |
Mrs |
KANARIK Katrin, Chargé d'affaires, Estonia / Estonie |
Mr |
KAND Kaupo, Third Secretary / Troisième Secrétaire, Estonia / Estonie |
Mr |
KOLMANIC, Counsellor / Conseiller, Slovenia / Slovénie |
H.E. |
Mr KOROSI Csaba, Ambassador, Hungary / Hongrie |
Mrs |
KRALEVA Emilia, Head of Political Section / Chef de la section politique, Bulgaria / Bulgarie |
H.E. |
Mr LACIS Martins, Ambassador, Latvia / Latvie |
Mr |
MARMULAKU, Third Secretary / Troisième Secrétaire, Slovenia / Slovénie |
Mr |
MATEJKA Josef, Counsellor / Conseiller, Czech Republic / République tchèque |
Mr |
MICHALKO Peter, Counsellor / Conseiller, Slovakia / Slovaquie |
Mr |
NIKOLOV, Bulgaria / Bulgarie |
Colonel |
OBDRZALEK Jiri, Defence Attaché / Attaché de défense, Czech Republic / République tchèque |
Mrs |
ORKUN Tolga, Third Secretary / Troisième Secrétaire, Turkey / Turquie |
Mr |
PARAIPAN, Romania / Roumanie |
H.E. |
Mr SPIEGEL Albert, Ambassador, Germany / Allemagne |
Mr |
STARK, Third Secretary / Troisième secrétaire, Germany / Allemagne |
H.E. |
Mr STOIANOV Stefan, Ambassador, Bulgaria / Bulgarie |
Mr |
STRONCZYNSKI Krzstof, Poland / Pologne |
H.E. |
Mr SVENSON Patrick, Ambassador, Sweden / Suède |
Mrs |
TZVETKOVA Tsvetina, Second Secretary / Deuxième Secrétaire, Bulgaria / Bulgarie |
Mr |
VON RÖMER Huberlus, Counsellor / Conseiller, Germany / Allemagne |
Captain |
WILLS John, Defence Attaché / Attaché de défense, United Kingdom / Royaume-Uni |
H.E. |
Mr ZHENQI Tang, Ambassador, People's Republic of China / République Populaire de Chine |
| |
| Ministry of Defence, Greece / Ministère de la défense, Grèce
Mr |
KASAMBIS |
Mr |
KYRIAKIDIS Efstathios, LTCDR Hellenic National Defence | Ministry of Foreign Affairs, Greece / Ministère des affaires étrangères, Grèce
Mr |
ABATIS Louis-Alkiviadis, Counsellor / Conseiller |
Mr |
DALIS Sotirios |
Mr |
KINTIS Andreas, Counsellor / Conseiller |
Mr |
MOSKOV |
Ms |
PANAGIOTOPOULOU, Under-Secretary for Foreign Affairs / Secrétaire adjoint des affairs étrangères | Hellenic Parliament / Parlement hellénique
H.E. |
Mr KARABARBOUNIS, Ambassador |
Mr |
PANAYOTOPOULOS Dimitrios, Director, External Relations / Directeur, Relations extérieures |
| |
| European Relations / Relations européennes
Mrs |
APOSTOLOU Vicky, Secretary of the Greek Delegation to the WEU Assembly / Secrétaire de la délégation grecque auprès de l'UEO |
Mr |
BISSIOS Theodor |
Ms |
ELEFTHERION Alice |
Mr |
ENGLEZOS |
Ms |
IOANNIDOU |
Mr |
KANELLIDOU |
Ms |
KARTSAKLIS |
Mr |
KOURTIKAKIS |
Mr |
MARKOPOULOS |
Mrs |
MATZAVINOS Angelika |
Ms |
SYRIGOS | Communications department
Office of the Clerk of the WEU Assembly /
Secrétariat du Greffier de l'Assemblée de l'UEO
Mr |
CAMERON Colin, Clerk, Secretary-General / Greffier, Secrétaire général |
Mr |
BURCHARD Eike, Clerk Assistant, Deputy Secretary-General (Defence and Political Affairs) / Greffier adjoint, Secrétaire général adjoint (défense et affaires politiques) |
Mr |
LOUTZ Roger, Clerk Assistant, Deputy Secretary-General (Administration) / Greffier adjoint, Secrétaire général adjoint (Administration) |
Mr |
BRITO Paulo, Assistant Secretary Defence Section / Secrétaire adjoint de la Section défense |
Mrs |
CABALLERO Corine, Assistant Secretary Political Section / Secrétaire adjoint de la Section politique |
Mr |
COMBARIEU Gilles, Head Defence Section / Chef de la Section défense |
Mr |
DE GOU Floris, Head Political Section / Chef de la Section politique |
Mr |
HILGER Michael, Press Counsellor / Conseiller de presse |
Mrs |
NUDDA Marisa, Secretary, Committee for Parliamentary and Public Relations / Secrétaire, Commission pour les relations parlementaires et publiques |
Mr |
PEDREGOSA José Manuel, Secretary Technological and Aerospace Committee / Secrétaire de la Commission technique et aérospatiale |
Mrs |
BARBE Caroline, Registration, Secretarial Assistance / Réception, secrétariat |
Mrs |
BASSE Maureen, President's Secretariat, Cabinet du Président |
Mrs |
BOURNE Patricia, Registration, Secretarial Assistance / Réception, secrétariat |
Mrs |
FOUCHER Catherine, Secretarial Assistance, Committee meetings / Secrétariat, Réunions des commissions |
Mrs |
LACHOWSKI-FAVRE Vivien, Head Interpreter / Chef Interprête |
Mr |
PANAGIOTOPOULOS Kostas, Head of Research Office / Chef du Bureau d'études |
Mr |
RABAU Ben, General organisation / Organisation | Interpreters / Interprêtes
Ms |
AILIANOU Evily |
Ms |
APELIAN |
Ms |
APOSTOLOPOULOU |
Ms |
BAYER Christine |
Ms |
BRON Françoise |
Mr |
CINI Umberto |
Mr |
GINOS |
Mr |
KALIABETSOS |
Ms |
KAMBA |
Ms |
MARA Bettina |
Ms |
MARKANTONAKI |
Mr |
PATELIS |
Mr |
PAVLIDIS |
Mrs |
PERKHOFER Elfi |
Mr |
SCOULLER Alastair |
Mrs |
SOTINANOS Magdalene |
Ms |
TANGO Anne |
Ms |
VOYATZI |
Ms |
ZISSIMIDES Eva | Press / Presse
Mr |
DREMIERE Alain, La Quinzaine Européenne |
Mr |
SOLTYK Robert, Gazeta Wyborcza |
Ms |
SUREN Stefanie, Deutsche Welle |
1 La version officielle de la nouvelle « Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis » est disponible en langue anglaise sur le site internet : http://www.whitehouse.gov/nsc/nss.html. 2 « Estados Unidos deberían liderar, no governar », par William J. Clinton, El País, 19 décembre 2002. 3 « Les capacités militaires européennes dans le contexte de la lutte contre le terrorisme international », par M. John Wilkinson, rapporteur au nom de la Commission de défense, Document 1783, 3 juin 2002, voir http://assembly-weu.itnetwork.fr/fr/documents/sessions_ordinaires/rpt/2002/1783.html .
� 2002 - 2017, Assembl�e de l'UEO
|
|