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Discours prononc� par Klaus B�hler, Pr�sident de l'Assembl�e de l'UEO, � l'ouverture du colloque


Discours prononcé par Klaus Bühler,
Président de l'Assemblée de l'UEO, à l'ouverture du colloque

Discours prononcé par Klaus Bühler, Président de l'Assemblée de l'UEO
- Assemblée européenne intérimaire de la sécurité et de la défense,
à l'ouverture du colloque sur le thème
« Equiper nos forces pour la sécurité et la défense de l'Europe - Priorités et lacunes »
Madrid, 5 mars 2002

Dans l'édition de février de la revue française Défense nationale, le Ministre espagnol de la défense, M. Frederico Trillo, a déclaré que pendant la présidence espagnole de l'UE et de l'UEO, son gouvernement s'était fixé trois objectifs importants :

  • Poursuivre le développement du cadre institutionnel la PESD ;
  • Améliorer les capacités militaires pour l'exécution des missions de Petersberg (concept qui, faut-il le rappeler, a été défini par l'UEO il y a déjà près de dix ans) ;
  • Faire participer l'opinion publique au développement de la PESD.

Pendant ce colloque, nous allons nous concentrer avant tout sur les deux derniers points. Quel autre aréopage qu'une instance composée de représentants des parlements nationaux pourrait mieux s'acquitter d'une telle tâche ? En effet, ce sont les parlements nationaux qui votent les augmentations budgétaires requises pour améliorer les capacités militaires. Ils représentent les peuples des Etats membres et sont appelés à entériner les décisions intergouvernementales concernant l'envoi, dans le cadre de la PESD, de soldats dans les zones de crise. En conséquence, l'Assemblée de l'UEO constitue un forum unique en son genre, réunissant des parlementaires nationaux provenant de 28 pays européens, à savoir de tous les Etats membres de l'UE, des Etats européens membres de l'OTAN et de presque tous les pays candidats à l'UE.

Pour réduire la distance qui ne cesse de croître entre l'Europe et ses citoyennes et citoyens, le dialogue avec les parlementaires nationaux revêt une importance extrême. Les parlementaires qui siègent à l'Assemblée de l'UEO s'occupent de questions de sécurité et ils participent, au sein des commissions nationales de défense, aux décisions concernant les dépenses de défense et l'envoi de soldats. C'est pourquoi l'expérience en matière de politique de sécurité acquise au fil des ans par l'Assemblée de l'UEO devrait être dûment prise en considération par la Convention sur l'avenir de l'Europe.

Nous avons prévu pour notre session de juin toute une série de rapports faisant référence à la PESD. Il n'existe aucune autre instance parlementaire européenne se consacrant d'une manière aussi approfondie à l'analyse politique et à la réflexion sur la PESD.

Notre colloque a l'ambition de contribuer à une meilleure compréhension des besoins de la PESD. Je me réjouis de la présence, aux côtés des éminents participants venus des institutions, de très nombreux et influents représentants de l'industrie. Nous attendons avec intérêt vos interventions. En effet, une coopération beaucoup plus étroite entre parlements nationaux et industries de l'armement s'impose.

La participation de militaires me donne également une grande satisfaction. Leurs contributions seront aussi les bienvenues. Ce sont eux qui ont la tâche de mettre en oeuvre les décisions politiques.

Le colloque s'inscrit dans une PESD en pleine évolution. Il se déroule à un moment important et opportun car :

  • La PESD a été déclarée partiellement opérationnelle à Laeken. Mais est-ce pertinent ? Le degré souhaitable d'opérationnalité a-t-il réellement été atteint ?
  • Le Conseil de mise en oeuvre de l'Accord de paix de Dayton a demandé à l'UE de prendre, fin 2002, la relève de l'ONU pour continuer la mission de soutien aux forces de police en Bosnie-Herzégovine, - la PESD va donc entreprendre sa première mission, civile, et une première mission militaire est déjà sérieusement envisagée, qui consistera à reprendre au cours de l'année l'opération « Renard roux » dirigée jusqu'à présent par l'OTAN en Macédoine.
  • Dans le cadre du Plan d'action européen sur les capacités, la présidence espagnole vient tout juste de mettre en place plusieurs groupes de travail qui vont s'attaquer de manière ciblée à chacune des lacunes identifiées. La dérive entre les Etats-Unis et l'Europe est un problème que nous devons affronter. Le fossé ne doit pas se creuser, mais au contraire être comblé.

Je souhaite que ce colloque donne des impulsions nouvelles à ces groupes de travail et soit généralement une source d'inspiration. En effet, aux delà des besoins de la PESD, il me semble important de sensibiliser les consciences à la nécessité de consentir des efforts financiers plus soutenus dans le domaine de la défense pour permettre à l'Europe de rester compétitive à l'avenir.

Cette compétitivité comporte deux aspects. Je tiens à rappeler un entretien datant du 24 janvier dernier, dans lequel le Secrétaire d'Etat adjoint des Etats-Unis, M. Armitage, déclare que si les Américains ne parviennent pas à doter leurs amis européens d'une technologie de défense appropriée, l'OTAN risque, dans un avenir proche, de se retrouver dans une situation cauchemardesque. Les avions américains survoleront les champs de bataille en disposant d'excellents moyens de reconnaissance et de communication, tandis que les Européens resteront cloués au sol, les pieds dans leurs bottes, en quelque sorte au bas de l'échelle technologique. Dans un entretien accordé à la revue allemande der Spiegel, George Robertson, Secrétaire général de l'OTAN, met en garde les Etats-Unis contre les conséquences de l'unilatéralisme, mais aussi les Européens qui encouragent les Américains à faire cavalier seul en se montrant de piètres alliés, incapables de relever les défis du futur. Il souligne que, même si les Etats européens membres de l'OTAN comptent deux millions d'hommes en uniforme, ils éprouvent les plus grandes difficultés à mettre en place chaque année dans les Balkans une force d'intervention de 50 000 hommes. En ce qui concerne l'Afghanistan, il a honte pour les Européens. De très nombreux pays ont proposé aux Etats-Unis d'envoyer des troupes en Afghanistan, mais n'avaient pas les moyens de les acheminer.

Rupert Smith, ancien DSACEUR, et susceptible à ce titre d'occuper le poste de Commandant stratégique d'une mission dans le cadre de la PESD, a récemment illustré le problème par des chiffres éloquents : pendant que les Européens investissent environ 4000 dollars par soldat et par an en recherche et développement, les Américains investissent près de six fois plus (26 800 dollars). Au vu des récentes augmentations budgétaires aux Etats-Unis, l'écart ne pourra que se creuser.

Je n'ai nullement l'intention de vouloir rivaliser avec les Américains dans leur façon de dépenser des milliards pour des projets de recherche en armement. Nous n'en avons guère les moyens. Mais on peut apprendre des Américains. Par exemple, je me demande pour quelle raison nous ne mettons pas un terme à la pratique des budgets séparés pour les dépenses de recherche civile et militaire. Cela permettrait à nos entreprises d'optimiser les moyens de recherche mis à leur disposition.

Je n'ai pas besoin d'expliquer le rapport qui existe entre les efforts de recherche d'aujourd'hui et les capacités de demain. En conséquence, la PESD devrait aussi s'approprier la recherche et le développement dans le domaine de l'armement. L'Europe dispose des bases scientifiques requises. Mais nous devons aussi donner à nos entreprises et à nos chercheurs les moyens de produire des résultats.

L'Europe a fait d'une manière magistrale la démonstration de ses capacités grâce au lancement réussi du satellite ENVISAT, un projet civil. Peut-on aller au-delà, et donner une nouvelle exégèse de la Convention de l'ESA ? L'Agence spatiale a récemment mis en place, avec des représentants du secrétariat du Haut représentant de la PESC, M. Javier Solana, un groupe de travail mixte ayant pour mandat de définir la contribution que l'ESA pourrait apporter à la PESD.

Nous disposons déjà de toute une série d'institutions oeuvrant en faveur de la recherche sur les armements et de la coordination de projets communs. Leurs représentants sont présents dans cette salle. Nous devons exprimer notre volonté politique de recourir à ces institutions, et inviter d'autres à les rejoindre. C'est une erreur de croire qu'on peut aboutir à des résultats en cercle restreint. L'émiettement des efforts européens de recherche est une tare originelle que nous devons surmonter.

Dans le cadre de la PESD, le Comité militaire de l'UE pourrait être la courroie de transmission entre l'industrie et la politique gouvernementale. On pourrait lui confier le soin de coordonner les efforts européens dans les domaines de la recherche et du développement pour qu'ils soient à terme le plus en phase possible avec les objectifs de la PESD.

Une coopération institutionnelle renforcée entre ministres européens de la défense devrait par ailleurs permettre de réaliser des progrès vers une politique industrielle commune de l'armement. C'est pourquoi je me réjouis d'apprendre que, pour la première fois, les ministres de la défense des membres de l'UE vont tenir une réunion séparée, en mai prochain, sous la présidence espagnole. Cette réunion satisfera à une exigence formulée depuis un certain temps par l'Assemblée à l'égard des gouvernements : l'organisation de consultations régulières entre les ministres européens de la défense ne pourra qu'être bénéfique à la PESD et déboucher, à la longue, sur la mise au point en commun des budgets européens de défense et sur l'adoption d'un budget commun de recherche.

A l'offre d'une industrie européenne de plus en plus compacte devrait répondre une demande de plus en plus consolidée. Nous sommes au début d'une longue route qui pourrait mener à un budget européen de dépenses communes d'armement. Un budget commun de recherche constituerait un premier pas.

De nos jours, les plus puissants pays européens doivent déployer une énergie considérable pour fournir toutes les capacités militaires nécessaires. Il est évident qu'en présence de budgets réduits, ce sont avant tout la rationalisation et la fusion des projets qui permettront de dégager les moyens indispensables à l'amélioration des capacités. De toute façon, il sera de plus en plus difficile d'intervenir seul sur le plan militaire.

L'européanisation croissante de la politique étrangère et de sécurité exige que chacun renonce aux pratiques exclusivement nationales et recoure à des alliances avec d'autres Etats, voire qu'il s'appuie, dans un esprit de solidarité, sur les capacités européennes.

Bien entendu, il en résulte des questions intéressantes concernant le rôle de la défense nationale. A une époque où la Convention sur l'avenir de l'Europe se demande à quelle Europe nous aspirons, et de quelle manière doivent se répartir les tâches entre les Etats membres et l'UE, on peut aussi s'interroger à juste titre sur le rôle que jouera la politique de sécurité et de défense. L'UE va-t-elle se doter d'une clause d'assistance mutuelle, d'un article V s'inspirant du Traité de Bruxelles modifié ? Hier, le Comité des présidents de l'Assemblée a décidé de soumettre à la Convention son point de vue sur cette question. L'introduction d'un article V dans le Traité de l'UE serait le fruit de la rationalisation et de l'internationalisation des efforts de défense consentis par les Etats membres de l'UE. Il ne doit pas y avoir de politique européenne de sécurité « à la carte ». Une PESD qui ne serait pas assortie d'une clause d'assistance mutuelle ne serait qu'une demi-politique de sécurité. Aucun pays européen ne peut prétendre renoncer au premier plat et ne s'intéresser qu'au deuxième.

Passons maintenant à l'examen des capacités requises pour mener des opérations de gestion de crise.


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