Paris, le 6 Décembre – M. Said Djinnit, Commissaire pour la paix et la sécurité de la Commission de l'Union africaine, a appelé ce mardi l'Union européenne à fournir l'assistance nécessaire pour « donner vie aux institutions africaines » de manière à ce que « l'Afrique puisse assumer ses responsabilités en matière de prévention des crises et de maintien de la paix », alors que, parallèlement, l'Assemblée a appelé à la création d'un « Fonds euro-africain de paix et de sécurité ».
Intervenant devant l'Assemblée de l'
UEO, M Djinnit a estimé que la « consolidation de l'architecture institutionnelle » est « la dimension stratégique du partenariat entre l'Union européenne et l'Union africaine » que l'
UE doit finaliser avec l'adoption de sa « stratégie pour l'Afrique » lors du Conseil européen des 15 et 16 décembre prochains. « L'Afrique est un immense chantier institutionnel », a souligné M. Djinnit, en rappelant qu'il y a « quinze ans, aucune institution démocratique n'existait en Afrique ». « Aujourd'hui, le mot démocratie a été adopté comme une valeur commune sur tout le continent et l'Union africaine a su s'écarter de l'utilisation abusive du principe de non-ingérence pour évoluer vers un devoir de non-indifférence », a t-il ajouté en estimant que la mise en application de ce principe était « le grand défi pour l'Afrique ».
L'Union africaine est en train de mettre en place « un système d'alerte précoce de prévention des conflits coordonné avec les cinq organisations régionales africaines », ainsi qu'une « salle de veille et une salle de situation » à Addis-Abeba, au siège de l'OUA, qui en sont encore « au stade embryonnaire ». La « force africaine, bras armé du dispositif », est encore « en attente » de constitution et on espère que les cinq brigades régionales prévues, qui devront avoir « une doctrine et un entraînement communs », pourront être « opérationnelles avant 2010 ».
Selon M. Djinnit, la « Facilité de paix pour l'Afrique » mise en place par l'
UE pour le financement de la gestion des crises « a révélé les possibilités immenses du partenariat euro-africain en permettant à l'
UA d'agir sur le terrain ». Mais les opérations de maintien de la paix menées par l'
UA au Darfour et au Burundi « ont aussi montré les limites de ce que peut faire le continent ». « Il faut donner un contenu au partenariat stratégique euro-africain et, dès lors, se pose inévitablement le problème des ressources », a-t-il affirmé en estimant que « l'
UE a les moyens de mettre en place les instruments financiers pour que l'Afrique tout entière puisse assumer ses responsabilités sur le plan de la prévention des crises et du maintien de la paix ».
Au cours du même débat, l'Assemblée a adopté les recommandations d'un rapport présenté par M. Charles Goerens (Luxembourg/Groupe libéral) sur « Le maintien de la paix en Afrique sub-saharienne : une approche concrète ». L'Assemblée a souhaité que la « Facilité de paix pour l'Afrique » soit remplacée par la création d'un « Fonds euro-africain de paix et de sécurité » identifiant les sources de financement et permettant de mieux prévoir le financement des activités de gestion de crise par l'Union africaine. M. Goerens a en outre souhaité que soit reprise l'idée de mettre en place une « base militaire commune
UE-
UA en Afrique centrale » de manière à promouvoir la formation des forces africaines.
Préférant la formule d'un « partenariat entre l'
UE et l'Afrique » à celle d'une « stratégie pour l'Afrique », M. Goerens a souligné que « notre engagement vis-à-vis de la notion d'appropriation africaine sera vide de sens si nous ne donnons pas aux Africains les moyens d'agir par eux-mêmes ». « Si nous ne parvenons pas à donner à l'Union africaine les moyens de régler maintenant les problèmes du continent, la facture et surtout le tribut à payer en vies humaines seront encore plus lourds demain », a-t-il dit.
Intervenant par ailleurs lors d'une interview au journal international d'i-télé, M. Goerens a salué « le succès de la médiation africaine pour trouver un nouveau Premier ministre en Côte d'Ivoire, dont une des principales tâches sera de préparer des élections ».